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Dossier

Verchain’s Justice : The O’Bannon Trial – Episode 3

Ed O’Bannon vs. The NCAA. The Trial. Episode 3. Les compte-rendus d’audience. Sauce Verchain. Avec beaucoup de virgules, de parenthèses et de points de suspension…

Bonjour à toutes. Oui, à tous aussi. Votre ami Verchain, le gars qui parle de lui à la troisième personne et aime à se coltiner pour The Blue Pennant tous les –vrais- scandales du football universitaire (s’il devait faire la revue des arrestations et des exclusions de joueurs, il y passerait ses journées) et leurs répercussions judiciaires, s’est porté volontaire pour vous retranscrire, de manière la plus simple possible et en mettant les choses en perspective lorsque nécessaire, les différentes phases du procès présenté par certains comme le plus important de l’histoire du sport (rien que ça…) : Ed O’Bannon vs. The NCAA.

En direct live différé d’Oakland, California, voici donc les compte-rendus d’audience. Sauce Verchain. Avec beaucoup de virgules, de parenthèses et de points de suspension…

Dans les épisodes précédents, on a encore et toujours tourné autour des mêmes éléments… Les étudiants-athlètes sont-ils d’abord des étudiants ou des athlètes ? That is the question…

Day Seven

Avocat échaudé craint l’eau froide. En vertu de ce vieil adage, les avocats de la NCAA se sont contentés de quelques formalités avant d’expédier Morticia hors de ma vue. Juste le temps de faire préciser à la professeur de Drexel que, selon elle, les étudiants-athlètes hors de la Division 1 de basket de Division FBS en football n’étaient pas concernés par son acception que lesdits joueurs consacraient un temps fou à leur sport… L’avocat de la NCAA Luis Li était revenu à de meilleures disposition de la veille et a finalement mis en doute le témoignage de Morticia en produisant des données de la NCAA qui indiquent que les joueurs de Division 2, Division 3 ou d’autres sports consacrent autant de temps que les footballeurs ou les basketteurs à leur sport… Et même que les joueurs de baseball en consacrent plus, en Division 1. Et pour contrer l’argument des taux de réussite aux diplômes, Li a sorti des données montrant une amélioration des taux de réussite des étudiants-athlètes supérieurs en 2006 que ce qu’ils étaient dans les années 80. Morticia est mortifiée.

La place était donc laissée à Chris Plonsky.

Miss Plonsky est la Director of Athletics à Texas, pour la section féminine. Citée par la NCAA en sa qualité d’experte en sports universitaire pour appuyer le fait que les règles empêchant la rémunération des étudiants-athlètes permet l’imbrication du sport et des études. Chris est également responsable du marketing et de la communication pour l’ensemble du département des sports des Longhorns. Au cours de son témoignage, elle a affirmé que les coaches à Texas recevaient la consigne de recruter des joueurs qui étaient ‘sérieux dans leurs études’ qui pourraient ‘avoir leur diplôme en poche lorsque leur éligibilité serait terminée’ et que les étudiants-athlètes ne progressaient pas dans leurs années d’étude au bénéfice de leur statut mais qu’ils devaient ‘tracer leur chemin vers un diplôme’.

Elle a ajouté que rémunérer les basketteurs et footballeurs créerait une fracture au sein de la population des étudiants-athlètes et des étudiants en général. Interrogée sur la possibilité de mettre en place une rémunération des étudiants-athlètes, Plonsky a affirmé que l’Université du Texas pencherait pour refuser cela et qu’elle refuserait la professionnalisation des sports universitaires.

En cela, elle confirmait un point évoqué dans les discussions préparatoires par la NCAA : plusieurs universités seraient dans le même cas que Texas.

Les plaignants attendaient le contre-interrogatoire avec impatience. Ils avaient en effet quelques documents à produire. Notamment un email de Plonsky, daté de 2009, adressé à Mike Beeby, alors comissionner de la Big 12, indiquant au sujet de la plainte O’Bannon que cette plainte était ‘le résultat d’une impression de droit créée par notre politique de négociation des droits télé, et que (les plaignants) menaçaient les carrières des joueurs d’aujourd’hui en voulant récupérer de l’argent pour leurs carrières aujourd’hui terminées’. ‘A partir de là, pourquoi ne pas imaginer qu’ils (les plaignants et les joueurs actuels) viennent réclamer une part de nos recettes télévisées’.

Un autre e-mail émanant de Elizabeth Altmeier, ancienne représentante d’Iowa dans le groupe de travail commercial de la Big 12, a été produit. Lizzy affirmait qu’il fallait envisager de donner une partie des droits merchandising aux étudiants-athlètes. Ce à quoi, dans un autre email, Graham Spanier, alors président de Penn State et responsable du groupe de travail, indiquait au président de la NCAA d’alors David Berst, qu’il ne reprendrait ‘jamais cette idée dans le rapport final du groupe de travail’, et ne le mentionnerait même pas.

Au sortir de la salle de Judge Claudia, les avocats des plaignants étaient plutôt contents de leurs effets, allant jusqu’à affirmer que Ponsky était ‘un de leurs témoins’…

Day Eight

La journée d’audience a commencé avec un témoin de la NCAA, le prix Nobel d’économie James Heckman qui est venu affirmer que les assertions des plaignants sur l’absence d’intégration études et sport ainsi que sur les faibles taux de diplômes des étudiants-athlètes sont totalement fausses. Et particulièrement pour les étudiants-athlètes issus de familles défavorisés, qui ont 38% de chances de plus d’obtenir leur diplôme qu’un étudiant lambda issu lui aussi d’une famille défavorisée. Il présente également des statistiques issues de ses propres recherches affirmant que le salaire à l’embauche d’un ancien athlète universitaire est plus élevé de 13% que celui d’un étudiant lambda, même sans diplôme.

Les plaignants ont contre-attaqué en insistant sur l’absence de discernement dans les chiffres du prix Nobel qui n’étaient pas répartis par division universitaire. Heckman a essayé de se défendre en affirmant avoir affiné ses statistiques dans des études ultérieures, ce à quoi Judge Claudia a martelé que ces études ne pouvaient être prises en compte… Bref… Rien de bien nouveau…

Les plaignants ont ensuite eu le droit de citer Joel Litzner…

On commence avec une bonne nouvelle : le directeur juridique d’Electronic Arts est venu affirmer au tribunal que son entreprise souhaiterait négocier des droits avec les joueurs pour remettre sur le marché un jeu utilisant les universitaires. En football, sans doute, car le jeu de basket ne marchait pas vraiment sur le marché. Les avocats des plaignants sont parvenus à lui faire affirmer qu’il existait bien une valeur de droit à l’image pour les joueurs, et qu’EA, qui a signé un accord avec les plaignants pour 40 millions de dollars qui doit encore recevoir l’aval du juge Wilken.

Retour à un témoin des défendeurs : le Président de South Carolina, Harris Pastides. Pas très surprenant, le témoignage du gars… Il considère qu’on pourrait rémunérer un peu les étudiants-athlètes à travers une bourse d’un montant plus élevé qui couvrirait ‘le coût complet’ des études et de la vie sur et hors campus. Tout serait question de ‘niveau’ de ce complément, mais payer véritablement une grosse fraction des droits télé aux étudiants-athlètes n’est pas envisageable. South Carolina serait sans doute très ennuyée si elle devait payer ses joueurs (cela pourrait entraîner des coupes budgétaires dans de nombreux programmes sportifs mineurs), mais pas au point d’envisager de quitter la Division FBS, l’engagement au plus haut niveau faisant partie de l’identité de la fac… Pastides a même à moitié plaisanté en affirmant que son conseil d’administration le virerait s’il venait à leur proposer d’abandonner la division FBS. Interrogé sur les augmentations de salaire de Coach Spurrier, Pastides a répondu que le niveau de revenu de la fac permettait de payer le coach comme les Gamecocks le font…

La NCAA appelle ensuite Bernard Muir, le director of athletics de Stanford, qui vient vendre sa came comme quoi les étudiants-athlètes à The Farm viennent avant tout pour la qualité des études et zzzzz…

On commence à s’ennuyer, non ???

Wait… What ????

Seulement voilà… La cession s’est achevée un peu plus tôt que les autres jours… Parce que Judge Claudia avait rendez-vous dans une autre salle de tribunal pour s’occuper d’un paquet d’autres plaintes en anti-trust contre la NCAA… Toutes ont en commun de revendiquer que la NCAA est un cartel qui limite volontairement les bourses universitaires en-dessous du coût complet pour les étudiants-athlètes de leurs études et carrière sportive universitaire. Parmi les plaignants, Shariff Floyd, des Vikings de Minnesota et ancien Gator de Florida… Elles ont en commun de toutes citer en plus de la NCAA entre cinq et dix conférences de la division FBS… Toutes ces plaintes ont été déposées dans différents états, mais la cour fédérale a décidé de les réattribuer à Judge Claudia, qui est donc considérée comme une experte en matière d’anti-trust et de sports universitaires…

Un cas supplémentaire lui a été affecté, celui de Martin Jenkins, ancien cornerback de Clemson. Lui, ses co-plaignants et ses avocats tapent plus fort. Les limites imposées par la NCAA quant au droit à l’image et à sa rémunération permettent à la NCAA et ses membres de s’enrichir sur le dos des étudiants-athlètes. La plainte comprend les termes ‘substantial damages’, ce qui implique que les plaignants veulent réclamer des millions de dollars en dommages et intérêts….

Si O’Bannon ne fait pas trop peur à la NCAA, ses membres se font beaucoup de souci autour du cas Jenkins… Du fait de la composition de son groupe d’avocats. En effet, en plus du légendaire Jeff Kessler, l’homme par qui la free agency NFL a vu le jour et David Greenspan, avocat réputé, Jenkins a dans son camp Tim Nevius. Whodat ? Tim Nevius est l’un des anciens enquêteurs de la NCAA dans le cas du Tattoo Five d’Ohio State, celui qui a mené l’interrogatoire de Jim The Vest Tressel dans le cadre de l’investigation touchant la fac de mon grand ami Gordon E. Gee… C’est à dire que le camp Jenkins a un vrai insider, qui connaît tout des protocoles NCAA, mais aussi tous les non-dits, tous les secrets de fabrication et saura quels documents demander et présenter si le cas Jenkins aboutit à un procès…

Et le camp Jenkins espère bien avoir droit à un procès qui se tiendra au New Jersey, là où la plainte a été déposée à l’origine. Parce que Jenkins et compagnie veulent tout simplement lever toutes les restrictions quant au recrutement des étudiants-athlète. Marché libre, pas de limite de nombre ou de montant de bourses universitaires distribuables. Armageddon pour le football universitaire tel que nous le connaissons.

Voilà de quoi en faire LE PROCES LE PLUS IMPORTANT DE L’HISTOIRE DU SPORT UNIVERSITAIRE. Ça ne vous rappelle rien ???

Days Nine and Ten

And there he was… Mark Emmert, dans le box. Droopy en personne…

Bon, il ne fallait pas s’attendre à un grand show. Juste un type avec le charisme d’une moule qui vient débiter le texte qu’il a appris par cœur, et répondre avec le peu de mauvaise foi qu’il faut dans ce genre de circonstances. On n’a rien appris…

Tout juste a-t-on un peu rigolé en voyant Marky Mark se tortiller sur sa chaise et répondre à Judge Claudia qui lui demandait ce qui se passait que cette foutue chaise n’arrêtait pas de remonter toute seule. Une chaise piégée !!

Oh, bien sur, Droopy y est allé de sa petite gaffe, en déclarant au cours de la session de contre, que, bien que les règles de la NCAA ont évolué ces dernières années, la vertu cardinale demeurait d’être… ‘des athlètes à plein temps’… Ce à quoi l’avocat des plaignants a répondu : ‘vous voulez dire ‘étudiants’, non ?’… Emmert, rougissant, s’est excusé… Sa langue avait fourché…

Judge Claudia y est allée de ses petites questions, demandant notamment si cela poserait problème de créer un fonds pour rémunérer les joueurs à la fin de leur carrière. Emmert a répondu que oui, et que ça reviendrait, en payant pendant ou après la carrière, à transformer les sports universitaires en Ligue Mineure pour le football et le basket…

Ce à quoi Judge Claudia a répondu par une nouvelle question, à savoir si Emmert considérait que les étudiants-athlètes seraient ‘exploités’ par des société commerciales si on les rémunérait… Ce à quoi Emmert a répondu : ‘oui’.

Emmert est remonté dans le box le vendredi matin, et les avocats des plaignants se sont bien amusés à mettre Droopy devant ses contradictions… En se connectant en direct sur le site des Seminoles, et en tapant ‘Winston’ dans la barre de recherche, l’avocat des plaignants s’est retrouvé en direct sur une page proposant d’acheter une trading card à l’effigie du Heisman… En allant sur le site marchand lié à celui des Ducks, il a ensuite fait remarquer qu’on mettait en avant un maillot frappé du numéro 8, et demandé à Emmert s’il savait que ce numéro était celui de Marcus Mariota. Ce à quoi Emmert a répondu : « Non, vous savez, je suis un Husky (de Washington)… Donc, non.. »

Bref, on a joué sur les mots, et pas vraiment avancé…

Le temps était venu de faire monter dans le box une autre personnalité représenant le Cartel : Jim Delany, le comissionner de la Big Ten. Yup, le type qui a inventé le concept de Leaders and Legends pour nommer les divisions de sa conférence…

Une nouvelle fois, pas de surprise…

Payer les joueurs, voilà qui creuserait des fossés entre les facs et les étudiants-athlètes, entre les étudiants-athlètes et les étudiants, et avec le public… No surprise… Delany était presque émouvant en racontant son passé de joueur de basket à North Carolina, où il a reçu une bourse universitaire…

On a ressorti une lettre de Delany à ses homologues plaidant pour une remise à niveau des bourses, et indiquant le risque d’exploitation de l’image des joueurs par les équipementiers, notamment Adidas. Delany déclarait ne pas vouloir que Adidas étale son logo sur le dos de ses maillots.

Au cours du contre-interrogatoire, Hausfeld a demandé à Delany si Adidas avait obtenu le droit de mettre sa virgule sur le devant des maillots. Objection des avocats de la NCAA : « Ce sont des bandes » (le logo Adidas). La salle était morte de rire…

On a enfin parlé gros sous avec un cadre de la NCAA, Petr, et distribution des revenus télés… Je vous épargnerai les détails…

To Be Continued…

Après trois années à commenter le football sous toutes ses formes, Verchain a rejoint la rédaction de The Blue Pennant en 2013 pour vous proposer son College Football Report et quelques autres fantaisies, en exclusivité.

2 Commentaires

2 Comments

  1. Guerlouche

    26 juin 2014 à 23h36

    je trouve ça super interessant,mais d’après toi qui a l’avantage dans cette affaire?aura t’on un jour un nouveau jeu NCAA Football?

  2. Verchain

    3 juillet 2014 à 08h53

    Mes réponses dans le dernier article de la série… Ou pas…

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