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[rivalry] Michigan et Michigan State à la conquête du Paul Bunyan Trophy

Deux universités, deux campus, deux programmes, pour un trophée, pour un Etat. Michigan versus Michigan State, Wolverines versus Spartans, Ann Arbor versus East Landing. Chaque année, cette confrontation tient en haleine le monde du football universitaire

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Deux universités, deux campus, deux programmes, pour un trophée, pour un Etat. Michigan versus Michigan State, Wolverines versus Spartans, Ann Arbor versus East Landing. Chaque année, cette confrontation tient en haleine le monde du football universitaire.

La rivalité entre Michigan et Michigan State possède une histoire riche. La première confrontation entre les 2 universités remonte à plus d’un siècle, 1898 plus exactement. Depuis cette date, 105 confrontations ont été jouées, et Michigan tient largement les commandes avec un bilan de 68-32-5 en sa faveur.

Ce n’est qu’à partir de 1953 et l’arrivée de Michigan State dans la Big Ten Conference que les 2 universités se disputent le Paul Bunyan Trophy. Ce trophée, représentant le bucheron géant Paul Bunyan, symbolise l’histoire du Michigan, autrefois un Etat majeur dans la production du bois.

L’histoire commune entre Wolverines et Spartans débute donc en 1898. Dès le début, Michigan semble être plusieurs crans au dessus de Michigan State. De 1898 à 1933, Michigan remporte 23 rencontres, pour seulement 2 défaites et 3 nuls. En 1902, les Wolverines l’emporteront d’ailleurs sur un score record de 119 à 0. Michigan sera élu champion national cette année là, comme en 1901, 1903 et 1904.

Entre 1934 et 1937, les Spartans enchainent 4 victoires d’affilée contre Michigan, avant de sombrer 10 fois de suite jusqu’en 1949.

Les années 1950 et 1960 représentent la période de domination de Michigan State. Dans les années 1950, les Spartans sont l’une des meilleures équipes du football universitaire au niveau national. Guidés par coach Clarence Munn et par des joueurs comme Lynn Chandnois, Dorne Dibble, Bob Carey ou encore Don Coleman, MSU termine les saisons 1951 et 1952 invaincu, avec le titre national en poche (partagé avec Tennessee en 1951). Les Spartans remporteront également le Rose Bowl de 1954 et 1956, sous les ordres de coach Duffy Daugherty. Michigan State est à nouveau élu champion national en 1965 (malgré une défaite contre UCLA au Rose Bowl) et en 1966 (co-champion avec Notre Dame, suite au match nul 10 à 10 dans le « Game of the Century »). De 1950 à 1969, les Spartans domineront logiquement les Wolverines avec 14 victoires pour seulement 4 défaites et 3 nuls.

1970 marque un tournant. L’arrivée de Bo Schembechler à la tête des Wolverines va radicalement changer la donne. Michigan devient à nouveau une place forte du football universitaire durant cette décennie. Classé dans le top 10 (au classement AP Top 25) des équipes universitaires de 1970 à 1979, Michigan prendra le dessus sur Michigan State 8 fois sur 9 (défaite en 1978, année où les 2 universités se partageront le titre de la Big Ten Conference). Les années se suivent et se ressemblent, puisque Michigan remportera 8 des 10 matchs joués durant les années 1980.

Le match de 1990 marque un moment important dans l’histoire de la rivalité. Classé #1, UM reçoit MSU à Ann Arbor. Favoris, les Wolverines sont menés 28 à 21 dans la dernière minute. Un touchdown d’Elvis Grbac pour Derrick Alexander permet à Michigan de revenir à un point. Gary Moeller, le coach des Wolverines, joue la gagne avec une tentative de conversion à 2 points. Dans une action très confuse, les arbitres oublieront une pass interference d’Eddie Brown sur Desmond Howard. Le score ne changera plus malgré une dernière Hail Mary de Grbac qui sera d’ailleurs interceptée. Après le match, les arbitres appelleront Moeller afin de s’excuser pour la mauvaise décision arbitrale ayant couté le match à Michigan.

Les années 1990 restent tout de même à l’avantage des Wolverines. Classé dans le top 10 de l’AP Top 25 jusqu’en 1997, Michigan dominera son rival avec un bilan de 7-4 entre 1990 et 2000. Les Wolverines, guidés par le quarterback Brian Griese et le vainqueur du trophée Heisman Charles Woodson, seront même champions nationaux en 1997.

L’arrivée des années 2000 marque par la même occasion l’arrivée d’un certain nombre de belles confrontations, à la fois serrées et intenses, entre les 2 rivaux.

Le match de 2001 par exemple, aussi appelée le « Clockgate », restera à jamais dans les mémoires des deux camps. Menés 24 à 20 à 3 minutes de la fin, les Spartans recupèrent le ballon au milieu de terrain. Après une penalité contre Michigan pour un facemask et une autre pour avoir mis 12 joueurs sur le terrain, MSU a une occasion rêvée de passer devant à 17 secondes de la fin. Jeff Smoker, le quarterback des Spartans, tente une course mais est stoppé sur la ligne des 1 yards, avec l’horloge qui tourne. Michigan State se dépêche pour « spiker » la balle afin d’arrêter la montre. Le chronomètre indique qu’il reste 1 seconde à jouer, avec donc une dernière tentative pour les Spartans. Sur la dernière action du match, Smoker trouve T.J. Duckett pour le touchdown, permettant à Michigan State de l’emporter 26 à 24.

Le commentateur radio de Michigan, Frank Beckmann, qualifiera le match de « criminel » et critiqua fortement les arbitres. Malgré les réclamations de Beckmann, il a été prouvé que la décision arbitrale était bonne et qu’il restait bien du temps au moment du « spike ». Beckmann insista tellement que Bob Stehlin, le Clock Operator (responsable de l’horloge), était à deux doigts de poursuivre Beckmann en justice pour diffamation et calomnie. Finalement, aucune plainte n’a été portée et tout est rentré dans l’ordre.

3 ans plus tard, Michigan et Michigan State s’opposent à Ann Arbor, dans un match qui se décidera en 3 prolongations (ce qui n’est jamais arrivé auparavant au Michigan Stadium). Les Wolverines l’emporteront 45 à 37, portés par leur receveur star Braylon Edwards (11 réceptions pour 189 yards et 3 touchdowns) et leur running back Mike Hart (224 yards en 33 courses).

QB Devin Gardner, Michigan

L’année suivante, la rencontre se décidera à nouveau en prolongations. Ce match est spécial car c’est la première fois depuis 1968 que Michigan State est classé (#11) dans l’AP Top 25 alors que Michigan ne l’est pas (au moment de l’opposition). Cela n’empêchera cependant pas les Wolverines de dominer le début de match, en menant au score 14 à 0 puis 21 à 7. Les Spartans réagissent et parviennent à revenir à la hauteur de leur adversaire. Le temps réglementaire se finit sur un score de parité 31 à 31. En prolongations, MSU aura l’occasion de passer devant sur un field goal, mais le kicker John Goss est maladroit. Cela va couter très cher aux Spartans vu que le kicker de Michigan, Garrett Rivas, permettra à son équipe de l’emporter sur un field goal de 35 yards.
La suprématie de Michigan sur son rival se prolongera jusqu’en 2007, avec deux nouvelles victoires 31 à 13 et 28 à 24, portant ainsi la série victorieuse des Wolverines à 6 victoires d’affilée.

A partir de 2008, la tendance s’inverse. Michigan State va dominer son rival pendant 4 longues années, avec notamment des victoires inattendues en 2009 et 2011. Michigan parviendra à stopper l’hémorragie en 2012 en l’emportant 12 à 10 face aux Spartans, le tout sans scorer le moindre touchdown durant le match avant d’être ridiculisé 29-6 par Michigan State en 2013 qui a sacké le quarterback des Wolverines à 7 reprises forçant ainsi le programme d’Ann Arbor à terminer avec une abominable fiche de… -48 yards au sol !

Samedi, un nouveau chapitre du Paul Bunyan Trophy s’ouvrira à East Lansing. Ce sera la 107è confrontation entre les 2 universités, pour notre plus grand bonheur.

L’anecdote : Les Spartans sont la « football factory »

Au début des années 1950, les Michigan State Spartans sont considérés comme l’une des meilleures équipes du pays. Ils gagnent même le surnom de « football factory », que l’on pourrait traduire comme « l’usine à football ».

Ce surnom n’est cependant pas pris au hasard. En effet, les années 1950 sont marquées par le développement de l’industrie automobile à Detroit, la principale ville de l’Etat du Michigan. C’est donc en référence à la ville leader de fabrication automobile que les Spartans étaient appelés la « football factory ».

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10 commentaires

10 Comments

  1. DOWN

    22 octobre 2014 at 09h03

    une victoire supplémentaire pour les Spartans semblent se dessiner aux vues de la saison.

  2. Luzoan

    22 octobre 2014 at 09h22

    dans ces rilvalries on ne sait jamais, mais je vois un carton!

  3. DOWN

    22 octobre 2014 at 10h04

    Sur le site sports reference (excellent site pour tous les sports us),on peut voir que Michigan State est champion en 1952 seulement.
    Au palmarés par année on peut voir qu’en 1966 et 1965 les titres sont bel et bien partagés mais lorsqu’on regarde le palmarés induviduel Michigan State est classé 2ème et les champions sont Notre Dame (1966) et Alabama (1965). De plus le titre ne semble pas avoir été partagé en 1951 où seul Tennessee est annoncé comme champion.
    Alors qui a tord qui a raison ?
    Néanmoins excellent article comme d’hab avec des vidéos qui vont bien et qui nous ramènent quelques années en arrière.

    • mlagree

      22 octobre 2014 at 17h48

      Tout d’abord, il ne faut pas oublier qu’avant la mise en place du BCS National Championship, il n’y avait pas de champion national unanime. Ce sont les polls (AP et Coaches) qui déterminaient le champion national or chaque poll pouvait décider d’un champion différent et c’est arrivé plusieurs fois.
      En 1965, l’AP Poll a déclaré Alabama champion tandis que l’UPI Poll (Coaches) a fait de Michigan State son champion.
      L’année suivante, année du fameux match nul 10-10 entre Notre Dame et Michigan State, l’AP a déclaré les Fighting Irish champions alors que l’UPI (Coaches) a préféré les Spartans.
      En 1951, j’avoue que c’est plus contestable pour Michigan State puisque Tennessee a été déclaré champion par l’AP et l’UPI mais, à l’époque, d’autres polls indépendants existaient et certains ont fait des Spartans leur champion.
      L’un des points positifs du système BCS est qu’il a au moins pu éclaircir cette question du champion national unanime.

      • Verchain

        22 octobre 2014 at 22h05

        Unanime, unanime… Ahem… Auburn 2004 vous salue…

        • mlagree

          22 octobre 2014 at 22h59

          Oui, c’est vrai que l’unanimité était toute relative à l’ère BCS… 🙂 et sera la même chose avec le CFP… dans les quatre 1/2 finalistes, on va avoir droit à des 11-2 (des 10-3 ?) devant des 11-1 ou meme des 12-0 (Marshall)…

          • algerino

            23 octobre 2014 at 01h34

            Malheureusement une 12-0 du type Marshall on peut oublier directement…ahem!

            Après le BCS « aurait pu » déclarer des champions unanimes sauf qu’on connait tous les ambiguïtés de l’ancien système, et comme l’a dit Verchain l’exemple le plus récent pour nous est Auburn en 2004 qui a été laissé de côté pour nous savons qui…ahem*2

            Pour en revenir à la rivalité des Wolverines – Spartans, c’est une des rivalités les plus « old school » aux USA, du même que le Civil War ou qu’un Red River Rivalry.
            Je suppose que notre bon ami Verchain a un certain parti pris (héhé), mais sur cette année je dirais que les Spartans ont plus d’arguments.Du moins ils m’ont plus convaincu.

  4. DOWN

    23 octobre 2014 at 08h56

    On peut donc dire que le site sports-reference est plus ou moins affilié,ou a une préférence ,pour l’AP Poll…

  5. Verchain

    23 octobre 2014 at 09h55

    @Algerino : le fait que je trouve le Maize and Blue particulièrement seyant à mon teint ne me fait pas oublier que bon… Les Wolverines devraient se faire botter les fesses dans les grandes largeurs…

  6. Tuzzz

    24 octobre 2014 at 14h18

    Super article, j’adore ces histoires de rivalité et ces trophées un peu dingues 🙂

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La saison 2020 de la SEC vue par Vegas

Les résultats sur le terrain en 2020 ont-ils confirmé les cotes hebdomadaires publiées par les bookmakers ? Étude de cas : la Southeastern Conference.

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Les auditeurs de l’Upset Alert Podcast commencent à avoir l’habitude de nous entendre glisser quelques chiffres à propos des cotes des matches à venir. Bien qu’il soit pratiqué par des étudiants avec le statut amateur (*clin d’œil*), le College Football ne fait pas figure d’exception.

Chaque semaine, ce sont des milliers de personnes qui parcourent des sites tels qu’oddsshark.com ou vegasinsider.com à la recherche des bonnes opérations à réaliser sur les rencontres du weekend. La saison régulière étant terminée, on dispose désormais de nombreuses données sur les oppositions qui ont eu lieu. L’objectif de cet article est donc de croiser les données issues des sites de pari avec les performances sportives des équipes afin d’analyser si des tendances et enseignements intéressants s’en dégagent. 

Lexique : 

En College Football, au-delà de simplement miser sur le vainqueur d’un match, il y a deux autres types de paris qui font fréquemment l’objet de discussions chez les experts des plateaux TV ou dans les podcasts : le spread et l’over/under.

  • Spread : le spread est le handicap qui est attribué au favori. Par exemple, « Alabama (-29) @ LSU » indique qu’Alabama se déplace à LSU et est favori par 29 points. Ainsi, parier sur Bama dans ces conditions signifie qu’on pense que le Crimson Tide va gagner le match avec au moins 29 points d’écart. On dit alors qu’Alabama « couvre » le spread. A l’inverse si l’écart est moindre (moins de 29 points d’écart dans l’exemple, donc) ou si LSU gagne le match, ce sont les Tigers qui couvrent le spread. Le spread peut être faible si les bookmakers anticipent un match serré (Auburn était favori d’1 point en accueillant LSU) ou élevé si à l’inverse ils s’attendent à un massacre (Alabama était favori par 31,5 points contre Kentucky). 
  • Over / Under : l’over/under est un nombre qui correspond au total de points attendus dans le match. « Georgia @ South Carolina : 50 » veut dire qu’on s’attend à ce que 50 points soient marqués au total par les deux équipes, soit l’équivalent d’un score de 25-25. En 2020 pour la FBS, il oscillait généralement entre 40 et 70. 

Méthodologie : 

Cet article rend compte d’un certain nombre d’observations pouvant être faites du spread et de l’over/under pour chaque équipe de la SEC au fur et à mesure de la saison.

Ces deux concepts ont été traités selon deux typologies : match à domicile / à l’extérieur et victoire / défaite. Le fichier Excel source est disponible ici pour les plus curieux. Les observations ne tiennent compte que des matches de saison régulière. En conséquent, la finale de conférence entre Alabama et Florida ainsi que le (les ?) futur match de playoffs d’Alabama ne sont pas retenus.

Il y a donc pour chaque équipe un échantillon de 10 matches à l’exception d’Ole Miss, Texas A&M, Georgia et Vanderbilt, les matches entre les deux premiers et les deux derniers respectivement ayant été définitivement annulés à l’issue de la week 16 pour cause de pandémie. Enfin, j’ai fait le choix de la SEC pour son nombre de matches élevé comparativement à d’autres conférences (un article sur la Pac-12 aurait été moins pertinent…) : 9 à 10 matches par équipe et finalement très peu de rencontres entièrement annulées. 

Alabama, rouleau compresseur

Le programme de Tuscaloosa finit la saison régulière avec un bilan de 10-0. Le score moyen des matches des hommes de Nick Saban est de 50-17 (donc un écart moyen de 33 pts) en leur faveur soit la meilleure attaque et la meilleure défense de la conférence.

Ce qui est encore plus impressionnant, c’est qu’Alabama a couvert le spread 80% de ses matches. Les deux fois où ça n’avait pas été le cas, c’était contre Missouri en match d’ouverture et lors du match fou contre Ole Miss et Lane Kiffin. Encore mieux, Alabama a couvert le spread lors de 100% de ses matches à domicile, malgré l’absence quasi-totale de public. 

Graphique 1 : Alabama & le spread. Les matches sont rangés par ordre chronologique de gauche à droite. La partie basse grise indique les chiffres du spread de chaque match. La partie haute l’écart final du match. On retrouve en vert les matches où Alabama a couvert le spread et en orange les matches où ça n’a pas été le cas.

Arkansas, l’aberration

A l’occasion de la première saison de Sam Pittman en tant que head coach, les Razorbacks ont amélioré leur bilan par rapport à 2019 et ont montré de belles promesses des deux côtés du ballon. Ce bilan aurait pu être encore meilleur si on omet la défaite frustrante contre Auburn et la fin de saison difficile (défaite de 3 pts contre LSU et de 2 pts contre Missouri).

Arkansas a également montré une combativité visible dans les chiffres : les Hogs ont couvert le spread dans 57% de leurs défaites, seule équipe au-dessus de 50% et loin devant les autres (11 équipes en-dessous de 30%. L’équipe est par exemple parvenue à couvrir le spread contre des écuries de haut de tableau Georgia, Auburn et Texas A&M). 

Tableau 1 : Typologie du pourcentage de couverture du spread par équipe selon que le match ait eu lieu à domicile ou à extérieur et se soit soldé par une victoire ou une défaite. Les cases en vert excèdent 65%, celles en rouges sont sous 35%

Tennessee, la contre-performance

Lors de la présaison, les Volunteers étaient en ballotage favorable pour une place dans le Top 25 national, forts d’une fin de saison 2019 réussie : 7 victoires sur les 8 derniers matches, dont une lors du Gator Bowl contre Indiana. Un an plus tôt les Vols finissent 3-7 avec une QB room en chantier et un Jeremy Pruitt qui sent son siège chauffer de plus en plus.

En 2020, Tennessee a le 8e meilleur spread moyen de la conférence (dans le top 7 on retrouve tous les cadors… et Ole Miss, mais on en reparlera). Les Volunteers étaient favoris lors de 3 de leurs 4 premiers matches puis et ont fini outsiders sur 3 de ses 4 derniers matches dont le dernier contre Texas A&M où les Aggies étaient favoris de 14 points… à Knoxville. Cette incapacité à satisfaire le début de hype qui s’est créée autour du programme se ressent dans les stats : 10e pourcentage de victoire (0,300) et 11e meilleur écart moyen (-9) à l’échelle de la conférence.

Tableau 2 : Moyenne par équipe pour les mesures suivantes : spread, over/under, points marqués, points encaissés, écart et total de points. Les équipes sont ordonnés selon leur spread moyen (colonne jaune). La ligne bleue correspond à Tennessee. Les cases vertes montrent que bien que leur spread moyen soit moins bon, Kentucky et Missouri ont un meilleur pourcentage de victoire et Kentucky, Mississippi State et Missouri ont un meilleur écart moyen par match que Tennessee

Ole Miss, roi de l’over

Les Rebels pourraient sûrement se renommer les « artificiers ». Sur l’année écoulée, les matches d’Ole Miss ont en effet produit 81 points en moyenne. L’over/under s’en est ressenti puisque sur les quatre premiers matches de la saison, il est passé de 59,5 à 77,5 pour ne retomber par la suite qu’une fois sous les 70 points, c’était lors du déplacement à Vanderbilt.

Grâce à son attaque électrique et sa défense en mousse, Ole Miss nous a même offert trois matches au-dessus de 100 points, personne n’a fait mieux dans la conférence. Ce qui est intéressant d’observer, c’est que les Rebels ont le 6e meilleur spread moyen, loin du Top 5 mais intercalé entre Auburn et LSU, malgré seulement le 8e meilleur pourcentage de victoire. Cette attaque a donné confiance aux bookmakers qui, par trois fois, ont annoncé un spread inclus dans une courte fourchette de moins de cinq points : @ Arkansas (-1), vs Auburn (3,5) et @ LSU (-1). Si on met de côté le déficit de 24 points contre Alabama, le spread moyen d’Ole Miss passe même à -2, meilleur donc que celui d’Auburn et 5e meilleur de conférence. 

Graphique 2 : pourcentage de matches finissant en over. La colonne foncée tient compte de tous les matches. A titre indicatif, les deux autres colonnes ne comptabilisent respectivement que les matches à l’extérieur et les matches se soldant par une victoire. On constate qu’Ole Miss est la seule équipe pour laquelle le pourcentage est supérieur à 67% dans les trois mesures (carré orange).

Conclusion

Cette analyse des cotes hebdomadaires proposées par les instances de pari de Las Vegas nous permet donc de comprendre comment les attentes des observateurs évoluent selon les performances sportives des équipes. Les bookmakers auront mis plusieurs semaines à s’adapter aux contre-performances de Tennessee. A l’inverse, certaines équipes telles qu’Alabama et Arkansas sont constamment parvenues à déjouer les pronostics. Rares sont les équipes qui suivent une trajectoire linéaire et rationnelle tout le long d’une saison. Une analyse approfondie de l’aspect « pari » permet d’ajouter une grille de lecture supplémentaire à la compréhension du College Football et d’identifier des phénomènes qui seraient passés un peu à la trappe dans les sites d’actualité classique. En cadeau, quelques billes en vrac pour finir : 

  • Vanderbilt a couvert le spread lors de 44% de ses défaites, 2e meilleur chiffre derrière Arkansas. Cela fait écho aux défaites serrées contre Texas A&M, Mississippi State et Kentucky.
  • Tous les matches qu’Auburn a disputé à l’extérieur se sont finis en under, parmi lesquels : @ Alabama (55 pts contre 65 annoncés), @ Ole Miss (63 pts vs 73) et Georgia (33 pts vs 44,5).
  • En quatre matches à domicile, Texas A&M n’a couvert le spread qu’une fois. Assez curieusement, c’était la seule fois de la saison où les Aggies n’étaient pas favoris : face à Florida, favori par 6 points. Le match s’était fini sur un écart de 3 points seulement.
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Army-Navy, l’essence du College Football

Un match unique intimement lié à l’Histoire du College Football et qui transcende le cadre du sport. C’est pourquoi on l’appelle simplement The America’s Game.

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Ils sont originaires des quatre coins des États-Unis. Le sens du devoir, l’envie de servir leur pays, le sacrifice de leur vie pour sauver celle des autres les ont réunis. Quelles que soient leurs origines ethniques, leurs catégories sociales et leurs tendances politiques, ils ont décidé de défendre la Liberté. Ils sont les futurs gradés de l’armée américaine.

Tout au long de l’année, les « Go Army, Beat Navy » et « Go Navy, Beat Army » résonnent sur les campus de West Point (New York) et d’Annapolis (Maryland). Et depuis 1930, c’est sur le gridiron que s’affrontent chaque année les Midshipmen et les Cadets (aujourd’hui appélés Black Knights).

En 1890, le premier Army-Navy Game fût organisé lorsqu’un cadet de l’armée de terre américaine (Army), Dennie Mahan Michie, accepta le défi lancé par l’académie militaire rivale, la Navy. C’était alors le premier match de l’Histoire du programme de football des Cadets de l’Army. Les Midshipmen s’imposèrent 24-0.

Le premier Army-Navy Game joué le 29 novembre 1890 à West Point – Crédit photo : Baltimore Sun File Photo

Trois ans plus tard, les Cadets furent de nouveau battus, cette fois-ci à Annapolis. Une altercation entre un contre-amiral de la Navy et un brigadier général de l’Army se termina presque par un duel armé entre les deux opposants. Le président américain de l’époque, Grover Cleveland, dût intervenir pour calmer les esprits. Il prit également la décision d’interdire ce match annuel pour protéger la santé de dizaine d’aspirants-officiers qui étaient blessés chaque année non pas sur le champ de bataille mais sur le terrain de football. La plus féroce des rivalités du sport américain venait de naître.

Alabama-Auburn, Ohio State-Michigan, Red Sox-Yankees, Canadiens-Bruins. Toutes ces rivalités enflamment les passions et séparent des familles le temps d’un match. Elles se fondent sur une fidélité profonde à un camp et une haine profonde d’un adversaire qui a finalement plus de ressemblances que de différences. La rivalité Army-Navy est unique. Elle repose sur un respect mutuel et une fraternité indéfectible entre deux équipes qui seront peut-être, un jour ou l’autre, côte à côte face à un ennemi commun.

Une Rivalité qui a marqué l’Histoire du College Football

Les premiers affrontements entre Army et Navy se déroulent à une époque où le sport que nous connaissons aujourd’hui n’en est qu’à ces balbutiements. La passe en avant n’existe pas encore et les matchs de football ressemblent davantage à des matchs de rugby dont la sauvagerie n’a d’égal qu’une violence extrême qui fait des dizaines de morts chaque saison.

Ainsi, lors du fameux match de 1893, le futur Amiral Joseph Mason Reeves fût le premier joueur de l’Histoire à porter un casque. Fait de cuir… par un cordonnier d’Annapolis ! Le médecin de l’équipe de la Navy l’avait prévenu : un autre choc à la tête pourrait provoquer une déficience intellectuelle irrévercible ou même… la mort.

Army -Navy 1963 – Crédit photo : AP

70 ans plus tard, le 7 décembre 1963, alors que les États-Unis viennent de vivre l’une des plus grandes tragédies de leur Histoire (l’assassinat du président John Fitzgerald Kennedy), c’est au cours d’un match Army-Navy que le premier replay instantané fera ses débuts à la télévision américaine lors d’un TD au sol du quarterback des Black Knights, QB Rollie Stichweh. Cette nouvelle technologie développée par CBS sera l’une des inventions majeures dans la diffusion du sport à la télévision.

Anecdote cocasse : ce premier replay instantané a été retransmis à vitesse réelle ce qui avait obligé le commentateur de l’époque, Lindsey Nelson, d’ajouter « Non, Mesdames et Messieurs, Army ne vient pas d’inscrire un autre TD ! ».

Un match qui célèbre le Patriotisme américain

Army-Navy, c’est une rivalité qui transcende le sport à bien des égards. Ainsi, samedi 12 décembre 2020 à 15h (21h en France), des milliers de soldats et marins américains à travers le monde entier seront devant leur écran pour regarder la 121ème édition de ce match mythique.

Il n’y a pas de familles américaines, de près ou de loin, qui n’a pas un membre engagé dans l’armée ou qui a été amené à défendre les intérêts du pays lors de conflits armées passés. Chaque famille américaine peut se rappeler d’un grand-père, d’un oncle et d’un père qui est tombé au combat. C’est pourquoi, le temps d’un match Army-Navy, c’est l’ensemble du pays qui se rassemble autour d’une valeur forte de l’Amérique : le Patriotisme.

La veille de l’affrontement tant attendu, la Brigade des Midshipmen et le Corps des Cadets défilent dans la ville hôte d’une rivalité qui ne se déroule plus sur campus, hormis circonstances exceptionnelles, depuis l’altercation de 1893.

En raison de sa position géographique à mi-distance entre les campus de West Point et d’Annapolis, la ville de Philadelphie a accueilli le plus souvent ce qu’on appelle aujourd’hui The America’s Game. Baltimore, New York mais aussi Los Angeles (en 1983) ont également été le cadre de ce classique Army-Navy.

Le traditionnel « March on » effectué avant chaque Army-Navy Game – Crédit photo : West Point USMA

Et lorsqu’en 1926, la ville de Chicago inaugure son Soldier Field, nommé en l’honneur des soldats américains morts lors de la 1ère Guerre Mondiale, c’est évidemment les Midshipmen et les Cadets qui fouleront les premiers la pelouse de cette nouvelle enceinte démesurée pour l’époque.

Chaque année, quelques minutes avant le coup d’envoi du match, la Brigade des Midshipmen et le Corps des Cadets effectuent le « March On », une spectaculaire parade militaire réalisée avant l’interprétation de l’hymne national américain joué par la fanfare des deux académies militaires. Pour réaffirmer l’esprit patriotique de l’événement, les Navy Jets et l’avion présidentiel, Air Force One, effectuent un vol à basse altitude au-dessus du stade. Le Patriotisme dans sa tenue d’apparat.

Depuis Theodore Roosevelt en 1901, les présidents américains ont bien compris la portée nationale de cet événement qui fait déplacer les foules. Calvin Coolidge, Harry Truman, John F. Kennedy, Bill Clinton, George Bush, Barack Obama ou Donald Trump ont tous assisté à ce Rivalry Game annuel. L’objectif est clair : être présent aux côtés des troupes pour s’associer aux valeurs sous-jacentes d’un match qui dépasse le cadre du football.

Une histoire de Traditions

130 ans, 120 matchs. Des petites histoires dans la grande Histoire et des Traditions respectées de génération en génération.

Army-Navy, c’est un match exceptionnel. Tous ceux qui ont pu y assister un jour vous décriront avec émotion leur sentiment d’avoir vécu quelque chose hors du commun. Le poids des Traditions donne à cette rivalité un supplément de solennité.

Le « Prisoner Exhange » – Crédit photo : AP

Army-Navy, ce n’est pas seulement « Go Army, Beat Navy » et « Go Navy, Beat Army ». Avant le coup d’envoi, on procède au « Prisoner Exchange ». Chaque année en septembre, les deux académies militaires échangent un certain nombre d’étudiants pour leur donner la chance de mieux comprendre et de respecter la branche opposée. Avant le match, les étudiants qui ont participé à ce programme d’échange traversent cérémonieusement le terrain pour rejoindre leur académie militaire d’origine pour la durée du match afin qu’ils puissent encourager leur équipe.

Peu importe qui gagne et qui perd, chaque équipe se joindra à l’autre pour chanter leur alma mater à la fin du match. Les gagnants font d’abord face aux supporters de l’équipe perdante, puis ils se joindront à eux pour chanter leur hymne. Puis, ce sera au tour de l’équipe perdante de rejoindre les gagnants pour chanter leur hymne face à leur supporters. C’est ainsi que l’objectif des deux équipes avant le match est de « sing the second » (chanter en second). Cet acte de respect démontre que quel que soit le résultat, les deux équipes représentent un pays uni et se soutiendront toujours.

Pour réaffirmer sa neutralité lors de ce match, le président américain change de côté dans les tribunes en traversant le terrain à la mi-temps lors de la Tradition du « Halftime Walk ».

Le président américain John F. Kennedy effectuant le « Halftime Walk » – Crédit photo : AP

Mais quoi de plus traditionnel que le style de jeu offensif des deux équipes ? Alors que le football a connu de multiples révolutions, Army et Navy restent les protecteurs d’un système offensif en voie d’extinction : la fameuse « triple option offense ». Depuis des décennies, elle est pratiquée, développée et affinée jusqu’à en devenir un art à part entière. L’édition 2020 ne fera pas exception.

Des joueurs de Légende

La longue et riche histoire de la rivalité Army-Navy a vu s’affronter des joueurs qui deviendront, pour certains, des Légendes du College Football.

Le match Army-Navy de 1963 restera comme un moment fort de l’Histoire américaine. Quelques jours après l’assassinat du président John F. Kennedy, il permit à l’Amérique de communier ensemble face à cette tragédie. Ce match sera également l’occasion d’un affrontement à distance entre deux quarterbacks qui auront un Destin bien différent mais si emblématique de cette rivalité. Face à face : QB Roger Staubach (Navy) et QB Rollie Stichweh (Army). La Navy s’imposa 21-15 non sans une tentative de comeback mémorable des Black Knights qui récupérèrent le ballon sur un onside kick, puis remontèrent le ballon à 2 yards de la ligne d’en-but des Midshipmen. En vain. Dans un bruit assourdissant, le quarterback de l’Army ne parvint pas à appeler un dernier jeu offrant ainsi la victoire à la Navy. QB Roger Staubach remportera plus tard le Super Bowl avec les Dallas Cowboys et deviendra un Hall of Famer alors que QB Rollie Stichweh servira son pays pendant 5 ans lors de la guerre du Vietnam.

Army a connu ses heures de gloire au cours de la 2ème Guerre Mondiale remportant 3 titres de champion national en 1944, 1945 et 1946 sous les ordres du coach Earl Blaik. Ce dernier a pu compter sur le meilleur duo de running backs de l’Histoire : RB Doc Blanchard et RB Glenn Davis, surnommé « Mr. Inside » et « Mr. Outside » pour leur complémentarité exceptionnelle. Tous les deux remporteront le trophée Heisman (Blanchard en 1945 et Davis en 1946).

Doc Blanchard et Glen Davis – Crédit photo : Army athletics

Une édition 2020 inhabituelle

Pandémie oblige, pour la première fois depuis la IIe Guerre Mondiale, le match Army-Navy aura lieu à West Point et non sur terrain neutre (le plus souvent à Philadelphie) comme traditionnellement. À noter que Navy n’a jamais perdu au Michie Stadium de son Histoire (bilan de 3-0).

Seuls le Corps des Cadets et la Brigade des Midshipmen seront autorisés à assister à cette 121ème édition du Army-Navy Game. Seule exception : la présence du président américain Donald Trump, qui avait déjà assisté à cette rivalité en 2016, 2018 et 2019.

Navy (3-6) espère se racheter d’une saison 2020 décevante qui avait très mal débuté par une lourde défaite 55-3 face à BYU. Les Midshipmen ne se sont jamais remis de cette défaite inaugurale et ils se présenteront au Michie Stadium avec pour objectif de mettre un terme à une série de 4 défaites consécutives en match de conférence American. Leur dernière victoire remonte au 17 octobre, face à East Carolina.

De son côté, Army (7-2) a du composer avec un calendrier totalement révisé en 2020. La quasi-intégralité de ces adversaires initiaux ont été contraint d’annuler leur match face aux Black Knights. Leur bilan de 7-2 est peut-être un peu flatteur en raison de la qualité médiocre de leur adversaire. Army a notamment perdu lourdement face à Cincinnati et Tulane. En cas de victoire face à la Navy, les Black Knights auront une opportunité de remporter le Commander-in-Chief’s Trophy face à Air Force, le samedi 19 décembre.

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Strength of Schedule : Concept & Impact du Covid-19

Comment est calculé l’indice permettant d’évaluer la difficulté du calendrier d’une équipe ? Quel impact a eu la révision des calendriers 2020 en raison de la pandémie de la COVID-19 sur le SOS de chaque équipe ? Étude de cas : la Pac-12.

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Mi-juillet dernier, la direction de la conférence PAC-12 annonçait que la saison aurait bien lieu, mais avec un calendrier modifié. En lieu et place du calendrier normal, ce nouveau planning adapté à la pandémie ne contient que 10 matches (contre 12 initialement), tous intra-conférences.

Instinctivement, on pense tout de suite aux équipes qui vont bénéficier de cette situation : avec cette décision, USC enlève 2 défaites probables de son calendrier (contre Alabama et Notre Dame). De même, Oregon évite les chocs de début de saison contre Ohio State et North Dakota State (FCS). D’autres équipes, comme Arizona State, avaient fait le pari inverse quand ils ont booké leurs matches hors-conférence : en jouant Northern Arizona (FCS), UNLV et BYU (Group of Five), les Sun Devils espéraient probablement engranger 3 victoires en autant de matches.

Cet article vise à répondre aux questions suivantes : dans le cas de la PAC-12, quelles sont les équipes qui ressortent avec un calendrier allégé de cette période de Covid-19 ? A l’inverse, quelles équipes vont être handicapées par la décision prise par les décisionnaires de la conférence ?

L’indice dit de Strength of Schedule (qu’on peut traduire par dureté / difficulté du calendrier), attribue au calendrier de chaque équipe une valeur chiffrée, un ratio qui oscille entre 0 et 1 et qui permet donc de comparer la difficulté des calendriers entre eux. C’est cette méthode, que nous allons d’abord détailler, et qui va ensuite nous servir à répondre à notre problématique.

Concept de base, logique et formule mathématique

L’indice de Strength of Schedule (SOS) est composé de deux inputs. Le premier, abrégé OR pour Opponents Record (Bilan des Adversaires, en français), représente le taux de victoires total sur la saison 2019 des adversaires qu’une équipe a prévu d’affronter en 2020.

La logique derrière est simple : je regarde le calendrier 2020 de mon équipe, je consulte mes adversaires un par un et je vais tenir compte de leurs performances la saison passée pour savoir si le calendrier va être dur à jouer ou pas. Je somme donc l’ensemble des victoires de l’ensemble de mes adversaires puis je le divise par le nombre total de matches qu’ils ont joué sur la période concernée.

Tableau 1 : formule de l’indice Strength of Schedule

Le second input, appelé OOR pour Opponents’ Opponents Record (Bilan des Adversaires de « mes » Adversaires), est légèrement plus tricky. Si, dans ma formule, je tiens uniquement compte de l’OR, cela voudra dire qu’une équipe comme Alabama qui a un record de 10-2 sur la saison régulière 2019 va compter autant qu’Air Force, également à 10-2 en 2019, bien qu’Air Force soit dans une conférence bien plus faible qu’Alabama. On peut facilement accepter le fait qu’une victoire contre une équipe moyenne de SEC « vaut plus » qu’une victoire contre une équipe moyenne de Mountain West. L’OOR est donc là pour corriger les éventuels effets d’échelle qu’il existe entre les conférences.

L’OOR est donc le taux de victoires des adversaires 2019 de mes adversaires 2020. Admettons que je sois California et que j’affronte Stanford (parmi d’autres) en 2020. Je vais prendre en compte le bilan de Stanford en 2019 (à savoir 4-8 soit 0,333 ou 33,3% de victoires) et je vais corriger les éventuels biais en sommant le record de tous ses adversaires en 2019 pour en ressortir un ratio de victoires :

Tableau 2 : calcul de l’OOR individuel de Stanford en tant qu’adversaire

Maintenant que j’ai mon OR et mon OOR, je vais pouvoir les intégrer dans une seule et même formule. Je vais simplement faire la somme des deux inputs en pondérant cependant l’OR à 2 tiers et l’OOR à 1 tiers. Si on accorde une plus grande part à l’OOR, on prend le risque de trop biaiser l’OR qui reste quand même notre input principal. Inversement si on donne une part plus grande à l’OR, l’effet de l’OOR sera négligeable et sa présence dans la formule ne servira à rien. Il n’y a pas nécessairement de bonne réponse, cette répartition deux tiers – un tiers est arbitraire mais s’est relevée cohérente avec la réalité au fil des années.

L’indice SOS est principalement utilisé en NFL où il est beaucoup plus pertinent car moins biaisé par les effets d’échelles qu’on retrouve en college football : les divisions y sont relativement homogènes (enfin, ça dépend des années, cf. la AFC East tout le long des années 2010…). L’indice a également été pendant longtemps un outil parmi d’autres qui servait à identifier les équipes éligibles pour les bowl games de fin de saison ainsi que les deux équipes qui allaient disputer le BCS National Championship game. Le système a été définitivement abandonné au moment de la réforme de 2014 quand le format des playoffs à 4 équipes a été instauré pour la première fois.

Application au cas de la saison 2020 de PAC-12

Le tableau brut qui répertorie les valeurs SOS, OR et OOR avant et après le changement de calendrier est assez barbare. Pas de panique, nous allons le décortiquer ensemble. Pour les plus courageux, le voici :

Tableau 3 : SOS, OR et OOR pre- et post-Covid pour les équipes de la PAC-12 et calcul des écarts nominaux et en pourcentage pour chacune des trois mesures

Ce qui est important de retenir, c’est que les valeurs du SOS varient globalement entre 0,5 et 0,6. Plus le ratio est élevé, plus les adversaires que j’affronte sont statistiquement bons. On peut considérer un calendrier avec un SOS de 0,5 comme un calendrier normal, avec d’extrêmes (que ça soit hauts ou bas) en faible quantité qui se compensent. Prenons par exemple le cas du calendrier pre-Covid de California. On y retrouve seulement deux équipes à plus de 10 victoires en 2019 (Oregon et Utah) et 4 équipes entre 3 et 4 victoires (UNLV, Cal Poly, Stanford et UCLA) qui permettent d’atteindre un niveau de quasi-équilibre.

Tableau 4 : calendrier pre-Covid de California qui répertorie aussi les wins et losses des adversaires et adversaires d’adversaire

Proche du 0,6 avec son 0,573, Washington avait un calendrier plus ardu. On y retrouve également Oregon et Utah qui tire l’indice vers le haut mais également Michigan (9 victoires et un OOR à 0,6) ainsi que Utah State (7 victoires mais un OOR aussi à 0,6 du fait des matches contre LSU – 12 wins, Air Force – 10W, San Diego State – 9W et Boise State – 11W).

Tableau 5 : calendrier pre-Covid de Washington qui répertorie aussi les wins et losses des adversaires et adversaires d’adversaire.

Au bout du compte, on obtient les deux classements suivants :

Tableaux 6 & 7 : tableau ordonné par SOS décroissant des équipes de PAC-12 pre- et post-Covid

La première observation qu’on peut faire, c’est que le SOS des équipes de PAC-12 s’est considérablement homogénéisé : on passe d’un écart entre le premier et le dernier de 0,05 à 0,028, soit presque divisé de moitié. Quand on y pense, c’est logique. Le nouveau calendrier contient 10 matches intra-conférences. Donc chaque équipe affrontera tous ses rivaux de conférence une fois sauf pour une onzième équipe qui reste sur le carreau à chaque fois. Cela signifie que les SOS sont tous interdépendants et que les seuls petits écarts qu’on va retrouver sont liés à des équipes qui vont affronter Utah (11-1 en 2019) plutôt qu’Arizona (4-8) par exemple.

Afin de mieux contextualiser les chiffres, tentons de comprendre ce que représente une hausse standard de 1% du SOS pre- et post-Covid-. Prenons donc UCLA qui est dans ce cas : son SOS est passé de 0,528 à 0,534 soit environ +1%. De l’ancien au nouveau calendrier, les Bruins perdent New Mexico State, Hawaii et San Diego State qui avaient un record moyen de 6,67 victoires pour 5,67 défaites. UCLA récupère un match contre Washington (7-5 l’an dernier.). Le reste du calendrier ne subit pas de changement. Ainsi dans ce cas, une hausse de 1% va s’expliquer par le passage d’un calendrier de 12 matches à un calendrier à 10 matches avec un nouvel adversaire légèrement plus fort en termes de bilan et avec un OOR plus élevé (0,495 pour le trio d’adversaires hors-conférence, 0,566 pour Washington).

Les principaux bénéficiaires de ce nouveau calendrier sont logiquement Oregon, Washington et USC dont on évoquait les gros matches hors-conférences prévus initialement. Par ailleurs, les grands perdants de cette mesure sont California et Washington State. Les Cougars perdent par exemple leurs matches contre Houston (4-8) et Idaho (5-7) et récupèrent un match contre USC (8-4). De même Cal perd UNLV, TCU et Cal Poly qui combinent à eux trois pour seulement 12 victoires (soit un OR très faible de 0,333).

Tableau 8 : Rappel des écarts nominaux et en pourcentage des SOS pre- et post-Covid

On peut finalement résumer la situation avec les deux tableaux suivants qui présentent l’effet du changement de calendrier sur le SOS des équipes de PAC-12 répartis entre Division North & South :

Tableau 9 : Impact de la décision de changement de calendrier relative au Covid-19 sur l’indice de Strength of Schedule des équipes de PAC-12 Division North
Tableau 10 : Impact de la décision de changement de calendrier relative au Covid-19 sur l’indice de Strength of Schedule des équipes de PAC-12 Division South

On comprend donc que la décision de passer à un calendrier full intra-conférence fait logiquement converger la difficulté du calendrier des équipes de la PAC-12. Les équipes qui devaient affronter des adversaires plus costauds que la moyenne de la conférence vont profiter de cette mesure tandis que les programmes qui avaient planifié des matches contre des adversaires faibles auront un calendrier plus dur que prévu. A en juger par le tableau des quartiles, on constate que cette divergence s’effectue un tout petit peu en dessus de la moyenne : le Q4 est en nette baisse tandis que le Q1 et le Q2 augmentent de peu. Le Q3 est identique au millième près.

Tableau 11 : tableau des quartiles de SOS pre- et post-Covid

Bien que les variations de l’indice SOS ne soient pas particulièrement importantes (comprises entre -7% et +7%), elles traduisent pourtant des effets qui peuvent se sentir sur un, deux, voire même trois matches. Quand on sait à quel point la PAC-12 devait être ouverte en 2020, la pandémie a probablement encore plus resserré la compétition pour l’année à venir…

Bonus – Limite du modèle : quid de la distinction FBS – FCS ?

Les plus perspectifs me reprocheront d’avoir mis sous clef l’exemple de Sacramento State et ses 9 victoires au moment où je parlais du calendrier pre-Covid de Washington. Ce que je propose, afin de rendre les indices SOS plus réalistes, c’est d’attribuer une pondération, qui serait différentes selon que l’adversaire soit une équipe de FBS ou de FCS : coefficient de 3 pour la FBS, coefficient de 1 pour la FCS. Pour ainsi dire, une victoire contre une équipe de FBS vaut 3 fois plus que contre une équipe de FCS, bien que ça ne soit pas tout le temps le cas (on peut considérer que les bas-fonds de la FBS sont inférieurs au haut du panier de FCS – si jamais North Dakota State affrontait New Mexico State, quel serait votre pronostic ?).

Tableau 12 : Comparatif des SOS et OR entre calcul pre-Covid initial, calcul pre-Covid FBS/FCS-ajusted et rang des équipes dans les deux cas de figure (ordonné par SOS pre-Covid FBS/FCS-ajusted décroissant)

Dans le cadre du calendrier pre-Covid, les places vont légèrement changer, mais fondamentalement, l’analyse reste la même. Washington, Oregon et USC conserve les calendriers les plus durs. Stanford, Arizona et Washington State gardent leurs places 4, 5 et 6. Les seuls effets un minimum significatifs se trouvent en bas du tableau. Oregon State et California vont grimper de quelques places, Utah va descendre à la dernière. Pour autant, tentons de prendre un peu de recul. Les 6 SOS pre-Covid non-ajustés les plus bas se tiennent tous dans une fourchette « courte » de 0,008 (le 0,532 de Colorado minus le 0,524 de California. Après ajustement il n’y a aucune variation qui excède plus ou moins 2% dans ce package d’équipes, ce qui signifie que les fluctuations en termes de classement sont en fait négligeables… Le seul écart qui excède 2% parmi toutes les équipes, c’est Oregon, du fait de NDSU. Vu que NDSU est une équipe très compétitive probablement même à l’échelle de la FBS, on ne tiendra pas compte de ce biais car il ne fait pas sens.

Bonus – Limite du modèle : Oregon & Utah, ça vaut toujours 10 victoires en 2020 ?

La seconde grosse limite qu’on peut opposer au modèle, c’est le fait que le niveau des équipes peut beaucoup varier d’une année à l’autre du fait de la structure même du sport universitaire. Ainsi, Utah sort d’une saison 2019 probante avec un bilan de 11-1 et une apparition en finale de conférence contre Oregon. Jusqu’à cette finale de conférence, Utah était d’ailleurs classé dans le Top 10 du Ranking AP. Pourtant les analystes sont assez pessimistes pour Utah en 2020 qui enregistre le départ en NFL de 12 cadres dont Zack Moss (RB), Tyler Huntley (QB), Jaylon Johnson (CB)… Comment pourrait-on donc tenir compte de cette éventuelle baisse de performance ?

ESPN a mis au point le (College) Football Power Index (ou FPI), un indice qui cherche, avec le plus de précision possible, à prédire l’issue des matches d’une saison à venir. Le FPI rating de chaque équipe est composé par les prévisions de contribution de chaque unit (offense, defense, special team) en termes de points contre un adversaire FBS moyen.

Les composantes de chacune des units incluent différents critères tels que les performances sur la saison précédente, le nombre de starters de retour pour la saison à venir, la nouvelle classe de recrutement, l’ancienneté du coaching staff, etc. Pour la PAC-12, on obtient le tableau suivant :

Tableau 13 : Classement ordonné décroissant des indices FPI des équipes de PAC-12 pour la saison 2020

On constate qu’Oregon reste l’équipe la plus susceptible de réaliser la meilleure saison 2020 suivi par USC et Utah (qui a donc été dévalué). Washington State et Arizona frôlent avec le 0 tandis que Colorado et Oregon State sont les deux seules équipes à avoir un FPI négatif (ce qui signifie que ce sont les seules équipes dont on attend qu’elles perdent contre une équipe moyenne de FBS). On peut également noter les indices FPI corrects de Washington (2e meilleure classe de recrues de PAC-12 en 2019 et 2020 et arrivée de Jimmy Lake) et de Stanford (respectivement 4e et 3e meilleure classe de recrues PAC-12 en 2019 et 2020 et année senior de son QB ex-prospect 5-étoiles David Mills).

Tableau 14 : Détail étape par étape de l’obtention du SOS post-Covid FPI-ajusted et classement ordonné décroissant par FPI-ajusted SOS des équipes

Afin d’injecter l’indice FPI dans la formule du SOS, on réalise plusieurs opérations arbitraires (qui sont contestables et loin d’être universelles) :

  1. Les écarts de FPI étant très élevés (les valeurs vont de -1,3 à 21,3), on peut appliquer une fonction logarithme afin de les lisser une première fois (ajouter préalablement 3 au FPI permet d’avoir des valeurs uniquement positives et d’appliquer le logarithme à toutes les équipes).
  • Gardons en tête que l’objectif est d’obtenir pour chaque équipe un coefficient déduit du FPI qu’on va appliquer dans la formule du SOS, plus particulièrement dans le calcul de l’OR : si j’affronte Oregon, je vais tenir compte de son OR individuel (à savoir 0,833) mais je veux aussi actualiser cette valeur avec la prévision pour 2020, donc avec le FPI.

Par conséquent, on propose de normaliser toutes les valeurs obtenues via le logarithme en fonction de la valeur la plus élevée, celle d’Oregon. Après cette normalisation, le coefficient d’Oregon vaut 1 (ou 100%) et chaque autre coefficient sera une fraction de ce coefficient : le record d’Oregon vaudra pour 100% de sa valeur avant manipulation.

  • Si on regarde bien, on constate qu’à ce stade, Oregon est à 100% quand Colorado est à 16%, ce qui veut dire que la valeur de Colorado va être dépréciée près de 6 fois par rapport à Oregon. On décide donc que cet écart est encore trop élevé, c’est pourquoi on va appliquer une nouvelle fois la fonction logarithme.

On sait que le logarithme « sort » des valeurs négatives quand X est entre 0 et 1 mais on sait également que la fonction est croissante donc pour conserver notre intervalle de 0 à 1 et l’ordre de nos équipes, on ajoute simplement 1 à la fin (cela permet de garder une valeur de 1 pour Oregon in fine). A la suite de cette dernière manipulation, les écarts se sont résorbés : Colorado est par exemple passé de 16% à 22%, ce qui est déjà plus acceptable.

Tableau 15 : calendrier post-Covid de California qui répertorie aussi les wins et losses des adversaires et adversaires d’adversaire ainsi que les coefficient FPI-induced et détail du calcul du FPI-ajusted SOS

Le tableau ci-dessus expose ensuite la manière dont on va utiliser ces nouveaux coefficients. Le SOS post-Covid initial de California est en case AJ7. Ses OR et OOR associés sont respectivement en case AI9 et AI11. On va uniquement appliquer les coefficients déduits du FPI (en violet) à l’OR sous forme de somme pondérée pour le total de victoires et le total de défaites (AH9 et AH10 – valeurs initiales, AJ9 et AJ10 – valeurs ajustées). De la même manière qu’au début on va donc ensuite pouvoir calculer l’OR ajusté (en cellule AK9) puis le SOS ajusté (AK7) qui va reprendre l’OR ajusté et l’OOR initial (car on n’a pas appliqué le coefficient FPI-induced au OOR).

Ainsi pour le cas de California en post-Covid on passe d’un SOS de 0,548 à 0,563 soit une hausse de 0,015 (3%).

Tableau 16 : Rappel du SOS post-Covid initial et classement ordonné décroissant par SOS post-Covid initial

Plus généralement, en comparant les tableaux 14 et 16, on constate que la manipulation a fait légèrement augmenter les indices SOS, certains plus que d’autres. Utah et Stanford ont désormais un calendrier un plus dur qu’Oregon et UCLA qui trustent les dernières places. Le reste du classement demeure inchangé. On comprend donc que même avec une approche qui se veut réaliste, tenir compte de l’actualisation de la valeur des équipes à travers un indice tel que le FPI proposé par ESPN ne va pas nécessairement changer grand-chose aux conclusions précédemment émises…

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UConn dans la Big East : quel avenir pour le programme de football ?

La Big East a officiellement annoncé le retour de l’université du Connecticut au sein de la conférence à partir de 2020.

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Crédit photo : Ian Bethune/The UConn Blog

Après les rumeurs de la semaine dernière, la Big East a officiellement annoncé le retour de l’université du Connecticut au sein de la conférence à partir de la saison 2020/21.

UConn fût l’un des membres fondateurs de la conférence Big East dont elle a fait partie entre 1979 et 2013.

Toutes les sections sportives de l’université du campus de Storrs (Connecticut) sont concernées… à l’exception du programme de football. La Big East n’organise plus de compétition de football depuis 2013.

Aux abois depuis plusieurs années, les Huskies sont-ils sous respiration artificielle ou ont-ils des chances de survivre à ce camouflet ? Analyse.

Un retour aux sources attendu

Lundi 24 juin, les présidents d’université de la Big East ont voté, à l’unanimité, une proposition visant à inviter l’université Connecticut à retrouver sa place dans une conférence qu’elle a quittée en 2013. Tout s’accélère dès le mercredi 26 juin. Le Board of Trustees (conseil d’administration) de l’université accepte cette offre déclenchant immédiatement le processus de départ de la conférence American (AAC).

Pendant six ans, Connecticut a tourné le dos à ses valeurs, à ses origines, à ce qui a fait que la Direction athlétique était respectée à travers le pays. Un retour de lucidité semble avoir remis les idées en place d’une université qui a cru pouvoir réussir en football en sacrifiant ses racines : le basketball.

En mai 1979, UConn fût l’un des membres fondateurs de la nouvelle conférence Big East composée alors de Boston College, Georgetown, Providence, St. John’s, Seton Hall et Syracuse. L’objectif de l’époque : constituer une conférence référence au niveau national… pour le basketball !

Ce n’est d’ailleurs qu’en 1991 qu’a été organisée la première saison de football lorsque Rutgers, Miami, Temple, Virginia Tech et West Virginia se sont ajoutés à Boston College, Pittsburgh et Syracuse, qui étaient alors les seuls membres de la Big East avec un programme de football de haut niveau. Et il faudra attendre presque dix ans avant que UConn fasse le grand saut en intégrant son programme de football dans la Division I-A (ex-FBS).

Les années passent jusqu’à l’année 2013. La Big East était au bord de l’explosion lorsque Louisville, Syracuse et Rutgers ont annoncé leur départ pour l’AAC et la Big Ten respectivement. Sept universités privées membres de la Big East sans programme de football dans l’élite (DePaul, Georgetown, Marquette, Providence, Seton Hall, St. John’s et Villanova) ont alors voulu faire bande à part en créant une nouvelle conférence, la nouvelle Big East (à laquelle se sont ajoutés Butler, Creighton et Xavier).

Les universités Cincinnati, South Florida, Temple et UConn ont alors rejoint la conférence American (AAC) nouvellement créée. Ces quatre universités ne voulaient pas sacrifier leur programme de football dans lequel elles voulaient encore investir. Les lucratifs contrats TV leur faisaient les yeux doux et même si le football ne faisait pas partie de la Tradition de UConn, elle prit la décision consciente de se joindre à une conférence hétérogène, sans continuité géographique et sans rivalités. Un énorme risque. Une aberration. Les six années suivantes en seront la preuve implacable…

UConn, une fac de basketball

Connecticut et le basketball universitaire sont intrinsèquement liés. En plus d’être un membre fondateur de la Big East, les Huskies y ont brillé pendant de nombreuses années.

De 1996 à 2004, ils ont remporté 5 titres de champions de conférence en 9 ans. De 1999 à 2014, UConn a été sacré 5 fois champion national en remportant la March Madness. Les exploits de Ray Allen, Richard Hamilton, Emeka Okafor, Ben Gordon ou Kemba Walker ont mis le feu au Gampel Pavilion.

L’équipe féminine de basketball fait également partie de l’élite nationale depuis la prise de pouvoir de Geno Auriemma en 1985. Depuis 1995, elle a remporté 11 titres de champion national !

Crédit photo : Jamie Squire/Getty Images

Mais depuis leur dernier titre de champion national (2014), l’équipe masculine des Huskies ne cessent de régresser. Ils ne semblent pas chez eux dans la conférence American. Le Gampel Pavilion se vident. Pire, UConn n’a plus été invitée à participer à la March Madness depuis 2016 en raison de résultats insuffisants.

Dès lors, l’université Connecticut a repris les choses en main en se réconciliant avec ses origines. Bye-bye l’AAC.

En terme de rivalités et de distance géographique, cette décision de rejoindre la Big East est une évidence. Même chose pour le recrutement. Il sera nettement plus attirant de « vendre » des matchs contre des cadors de la côte Est comme Villanova ou Georgetown que des matchs contre East Carolina et Tulsa.

La Big East réalise également un bon coup. Plusieurs programmes de basketball font régulièrement partie du Top 25 mais ajouter un membre comme UConn place assurément la conférence parmi les trois meilleures du pays. Les rivalités UConn/Villanova ou UConn/Providence vont encore améliorer un « produit » qui a déjà trouvé ses fidèles depuis de nombreuses saisons.

En réintégrant la Big East, UConn veut relancer son programme de basketball… quitte à sacrifier celui de football…

Un programme de football en décomposition avancée

Sous les ordres de coach Randy Edsall, le programme de football semblait avoir trouvé une certaine stabilité à la fin des années 2000. Les Huskies ont d’abord remporté le Music City Bowl en 2004, lors de leur première saison dans la Big East (le programme a été indépendant de 2000 à 2004). Puis, UConn a remporté deux titres partagés de champion de conférence Big East en 2007 et 2010. Les Huskies ont même joué le Fiesta Bowl en 2010 (perdu 48-20 contre Oklahoma). Probablement le baiser de la mort.

Car, la direction athlétique a alors cru que le football serait l’avenir de la fac. Quelle erreur ! Ces bons résultats n’étaient qu’un épiphénomène. Le départ de Randy Edsall à Maryland, en 2011, a fait tout dérailler. Les coachs Paul Pasqualoni et Bob Diaco ont plongé le programme dans un désarroi sans fin forçant le retour de Randy Edsall en 2016. Il était déjà trop tard.

Crédit photo : MARY SCHWALM

En six saisons dans la conférence American, UConn n’a participé qu’une seule fois à un bowl et n’a jamais terminé une seule fois avec un bilan positif. Pire, les Huskies ont terminé avec trois victoires ou moins à cinq reprises ! Mais plus que les résultats ou l’affiliation à telle conférence, c’est le manque de culture football sur le campus de Storrs qui semble irrémédiablement condamner le programme.

Malgré les contrats TV juteux de l’AAC, l’université du Connecticut a eu besoin de 7.5 millions de $ de subventions publiques en 2014 pour éponger son déficit annuel d’environ 40 millions de $ afin de garder en vie ses sections sportives. Or, c’est bien le football qui plombe les finances de la Direction athlétique. Les installations flambant neuves, les rénovations du stade, 85 scholarships à financer et surtout les déplacements à l’autre bout du pays (Dallas, Houston, La Nouvelle-Orléans, Memphis, Orlando) causés par la composition de l’AAC sans proximité géographique en sont les raisons principales.

Le football est devenu un boulet dont le basketball ne veut plus payer les frais.

L’impact sur la conférence American

Dès l’annonce du départ de UConn de la conférence American, le commissionnaire Mike Aresco a été clair : les Huskies ne seront pas autorisés à conserver leur programme de football dans l’AAC. 

« L’université du Connecticut vient d’annoncer son retrait de la conférence américaine. Nous lui souhaitons bonne chance. » – Mike Aresco, commissionnaire de la conférence Big East.

Le programme de football de UConn n’est pas sa préoccupation principale. Les Huskies ont terminé la saison 2018 avec un bilan de 1-11. Rien à ajouter.

« Nous allons nous assurer que les clauses de départ de l’un de nos membres seront respectées. Notre conférence continuera de soutenir ses objectifs en supportant les sections de football, basketball et tous les sports olympiques ». – Mike Aresco, commissionnaire de la conférence Big East.

Le programme de football de UConn n’est plus en odeur de sainteté dans l’AAC.

Qui pour remplacer UConn ?

L’AAC a effectué un formidable travail en s’affirmant comme la meilleure conférence du Group of Five. Certains proposent même de l’ajouter aux cinq conférences de l’élite pour en faire le Power Six. Ces dernières années, Houston et Central Florida ont régulièrement fait chuter des programmes de la Big 12 ou de la SEC. Central Florida s’est même auto-déclaré champion national en 2017 ! Longtemps indépendant, Navy a également réussi son intégration.

Deux noms reviennent régulièrement pour remplacer UConn : Army et Brigham Young.

Pour Army, c’est évident. Faire de cette rivalité annuelle un match de conférence American serait un énorme coup médiatique pour l’AAC. De plus, les Black Knights sont sur un élan positif depuis quelques saisons. Brigham Young est à la recherche d’une conférence lui garantissant des revenus annuels grâce à un contrat TV. Les Cougars sont non-affiliés à une conférence depuis 2010 depuis leur départ de la Mountain West.

Toutefois, plusieurs présidents d’universités de l’AAC ne veulent pas se précipiter indiquant qu’un éventuel nouveau membre devra représenter un gain en valeur nette. Ajouter un programme uniquement pour des raisons logistiques ne fait pas partie des plans de l’AAC dans l’immédiat.

Du coup, la conférence American devrait être composée de 11 membres lorsque la saison 2020 va débuter. La possibilité d’avoir un calendrier « à la Big 12 » où toutes les équipes s’affrontent une fois au cours de la saison régulière avec les deux meilleures pour jouer la finale de conférence serait privilégiée.

Crédit photo : Twitter/@UConnFootball

Début de la fin pour le programme de football ?

La Big East n’organisant pas de compétition de football (Georgetown et Villanova évoluent en FCS, respectivement dans la Patriot League et la CAA), quel sera l’avenir du programme de football de UConn ?

L’indépendance (non-affiliation à une conférence, donc) semble l’option la plus probable. Et elle n’est pas sans conséquences désastreuses pour un programme déjà aux abois.

Être affilié à une conférence, c’est la garantie d’avoir des revenus annuels issus d’un contrat TV. C’est aussi avoir l’assurance d’une participation à la postseason en vertu des accords entre les conférences et certains bowls. Même Notre Dame, programme indépendant par excellence, s’est rapproché de la conférence ACC pour ces raisons.

Toutefois, l’indépendance en compagnie de Army, BYU, New Mexico State, Liberty et Massachusetts, est probablement la meilleure option pour UConn, au moins de manière temporaire.

La conférence MAC et la conférence USA paraissent être des candidats logiques pour accueillir UConn notamment si l’un de leurs membres venait à remplacer les Huskies dans l’AAC. Toutefois, l’éloignement géographique sera encore rédhibitoire.

Malgré ses vestiaires flambant neufs, et si le Destin du programme de football de UConn était tout simplement… sa disparition pure et simple ?

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