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Dossier

Le college football à l’heure des réseaux sociaux

Si Internet s’avère être un formidable réseau d’espionnage pour certains, il n’en demeure pas moins un mode de communication omnipotent à notre époque. L’omniscience des réseaux sociaux soulève de nombreux points et nous allons nous attarder sur celui qui nous concerne, c’est à dire la place des médias interactifs tels que Twitter ou Facebook dans le milieu du sport universitaire.

Aujourd’hui, et les médias généralistes en ont fait la dure expérience, l’ère Internet a bouleversé tous les codes de la communication traditionnelle. L’univers du sport universitaire n’est certainement pas épargné et il est peut être même l’un des plus exposés à cette révolution technologique, puisque les jeunes générations sont encore plus fervemment connectées.

Aux Etats-Unis, les réseaux sociaux font désormais partie intégrante du quotidien des adolescents. On apprenait d’ailleurs récemment que Twitter a supplanté Facebook parmi cette catégorie d’âge; mais les jeunes Américains sont également très accrochés à Instagram ou Vine. Rares sont les adolescents qui ne possèdent pas de compte Twitter et la tendance se vérifie parmi les futurs étudiants-athlètes. Car Facebook a fait ses premiers pas sur les campus universitaires tandis que Twitter y a fait ses classes.

Il est désormais très commun que les prospects annoncent le choix de leur destination universitaire via Twitter, avant que l’information ne soit reprise par les journaux ou les sites web d’actualité. Les réseaux sociaux offrent une tribune aux joueurs qui peuvent s’exprimer comme ils en auraient l’occasion lors d’une conférence de presse. Les programmes sportifs et les médias sont pris de court car l’information est connue du grand public, en provenance directe de la source, avant même qu’ils n’aient pu la relayer.

Forcément cette « méta-communication » soulève de nombreux points. Les supporters des programmes universitaires sont libres de soutenir les joueurs qu’ils encouragent via les réseaux sociaux mais dans le cadre du recrutement, la question de l’influence extérieure se pose.

Dans un passé pas si lointain, les prospects n’étaient confrontés qu’aux coaches, aux joueurs déjà intégrés à l’équipe, et plus indirectement, et de façon très minime, au public, lors de visites sur le campus ou d’un match. Aujourd’hui, les meilleurs prospects du pays sont déjà de véritables stars avec des milliers de followers, quand bien même ils ne sont encore qu’au high school, âgés de seize ou dix-sept ans. Ils subissent de cette manière une sorte de pression, ou influence extérieure donc, de la part de fans qui n’hésitent pas à les contacter via les réseaux sociaux pour les encourager à rejoindre l’équipe qu’ils supportent.

JManziel

Bien évidemment, cette immiscion aussi soudaine que brutale dans les affaires de la National Collegiate Athletic Association est très loin d’enchanter la toute-puissante association qui régit le championnat universitaire, et qui ne digère pas de perdre le contrôle d’une facette de son très juteux business. On le sait, les ligues américaines sont aseptisées à l’extrême et c’est encore plus vrai concernant les ligues universitaires, gérées de main de fer par la NCAA. Malheureusement pour la riche organisation oligarchique, le premier amendement de la Constitution des Etats-Unis reconnaît la liberté d’expression comme un droit fondamental. Impossible, donc, d’empêcher les joueurs, les coaches ou les prospects, qui ne relèvent d’ailleurs pas encore du giron de la NCAA tant qu’ils évoluent encore au niveau high school, de s’exprimer librement via les réseaux sociaux qu’ils affectionnent.

Ces nouvelles plate-formes permettent également d’exprimer la vox populi de manière bien plus efficiente qu’elle ne l’a jamais été. C’est le dur apprentissage qu’a dû en faire la NCAA récemment, lorsque son président Mark Emmert a été rondement chahuté lors d’un chat organisé via Twitter avec des internautes. La plupart des questions évoquaient des dossiers sensibles, tels que le statut antinomique d’une association suprême qui gère des ligues sportives amateures mais qui brasse des millions de dollars de revenus, ou la condition des étudiants-athlètes, considérés comme exploités. Une mésaventure qui rappelle un autre fiasco très récent dans un domaine distinct, celui de l’opération #myNYPD, lancée par le Département de la Police de New York. Twitter est devenu un véritable brûlot pour contestataires et un poil à gratter insupportable pour les instances souveraines universitaires.

La NCAAbien qu’elle ait été forcée de se mettre à la page, ne voit pas forcément d’un bon œil l’émergence de ces moyens de communication hors de contrôle, interconnectés et libres d’accès. L’association a notamment interdit aux équipes de football d’inscrire des hashtags ou des adresses de comptes Twitter sur les terrains, comme avait pu le faire Mississippi State avec sa end zone « #hailstate ». Au basketball, Akron s’est vu refuser, l’an dernier, la permission de remplacer le nom des joueurs au dos des maillots par leur propre compte Twitter.

L’utilisation des réseaux sociaux dans le recrutement est ainsi une pratique déjà très réglementée par la NCAA. Au même titre que les chats Internet, les forums et les logiciels de messagerie instantanée, les plate-formes sociales sont donc une voie de communication formellement proscrite pour le dialogue entre coaches et prospects. Les moyens de correspondance autorisés demeurent les appels téléphoniques, les fax et les e-mails. Même les SMS sont interdits. « Using Twitter is allowed, as long as coaches are not using it to contact individual prospective student-athletes (l’utilisation de Twitter est autorisée, dans la mesure où les entraîneurs ne l’utilisent pas pour contacter individuellement de potentiels étudiants-athlètes). » Les coaches n’hésitent cependant pas à contourner le règlement et à s’adresser, de manière indirecte, aux joueurs qu’ils convoitent.

Par exemple, le coach des Tigers de LSU, Les Miles, a « tweeté » en décembre dernier un message pour soutenir « Buga Nation », un terme utilisé par le running back cinq étoiles Leonard Fournette pour se caractériser lui-même auprès des médias. Le message était donc clairement destiné à l’attention du prospect, qui l’a par ailleurs retweeté, et qui a donné son accord verbal à Les Miles et LSU deux semaines plus tard. Le coach a cependant été rappelé à l’ordre par ses supérieurs du département athlétique de l’université du campus de Baton-Rouge (Louisiane), qui craignaient certainement que cette affaire copieusement médiatisée ne fasse jurisprudence auprès de la NCAA, qui prend très au sérieux l’adage selon lequel le diable ne dort jamais.

En outre, les coaches ne sont pas les seuls concernés par cette censure, puisque toute personne adressant un message d’incitation à rejoindre telle ou telle université commet une violation des règles, même s’il s’agit d’un partisan lambda sans aucun rapport avec le programme en question. Forcément la NCAA ne peut pas sévir quand des fans font fi de ce protocole mais les programmes mettent quand même en garde leurs fans, à l’instar de USC qui priait ses supporters, sur son site officiel, de ne pas entrer en contact avec les prospects durant le processus de recrutement. Cette règle farfelue peut conduire à des situations cocasses, comme lorsque le CEO de Twitter, Dick Costolo, très proche de Michigan, s’est retrouvé en infraction alors qu’il répondait à un tweet de deux « commits » des Wolverines sur son propre réseau social.

Si pour l’heure on compte très peu de débordements chez les étudiants-athlètes ou les prospects, d’autres milieux comme la politique, la mode, les médias, ou plus proche de nous le sport, montrent que certains dérapages peuvent intervenir, rapidement relayés tel un écho à travers toute la toile par les journaux traditionnels, les blogs et surtout les followers.

Par exemple, le safety Will Hill, actuel joueur des New York Giants, a maintes fois tweeté à propos de sexe, de prostituées et d’étudiants consommant de la marijuana à Florida, sa fac de l’époque, le tout dans un langage farouche et vulgaire. Bien qu’il ait démenti, avec peu de conviction, que ces tweets aient été rédigés par lui-même car il aurait été hacké, cette affaire lui a porté préjudice puisqu’il n’a pas été sélectionné à la draft. Elle aurait également pu léser Florida. La NCAA, toujours prompte à sanctionner les moindres dérives, s’est certainement penchée de plus près sur le cas de ces révélations au sujet de prostituées et de drogue chez des étudiants-athlètes des Gators.

Nul doute qu’aujourd’hui les départements athlétiques se chargent d’enseigner à leurs étudiants-athlètes la conduite à adopter sur les réseaux sociaux. Car si Mark Zuckerberg, le créateur de Facebook, a dit : « qui n’a rien à cacher n’a rien à craindre non plus », les scandales de ces dernières années (USC, Miami, Ohio State, etc.) ont prouvé que, justement, il y a des choses à cacher au sein des campus universitaires.

Taulier du blog USC Trojans FR pendant quelques années, Loïc Baruteu aka Bartholomeo a rejoint définitivement l'équipe de The Blue Pennant en septembre 2013 après plusieurs collaborations fructueuses.

6 Commentaires

6 Comments

  1. Mathieu

    28 mai 2014 à 15h29

    super article !

  2. Mehdi

    28 mai 2014 à 19h24

    HS : Allez-vous faire un article explicatif sur la nouvelle ère des Playoffs en College Football et les nouvelles dispositions prises en ce qui concerne les bowls ? Merci.

    Sinon l’article est bien, même si je n’ai rien appris personnellement.

  3. Jonathan

    29 mai 2014 à 19h27

    J’ai bien crû que vous aviez disparu !

  4. pep

    30 mai 2014 à 19h14

    Merci pour cet excellent article!

  5. Groisne

    2 juin 2014 à 15h32

    Même en High School il faut faire très attention. La saison dernière nous avons eu un petit soucis avec notre QB de Wheeler High, il nous était formellement interdit d’en parler sur les réseaux et même sur Hudl sous peine d’être exclus !

    Micky

    • Loïc Baruteu

      3 juin 2014 à 19h08

      Très intéressant comme retour, merci. N’hésitez pas à me contacter pour nous faire part de ce genre d’anecdotes qui méritent certainement d’être relayées : loic.baruteu@thebluepennant.com
      Sauf si vous risquez l’exclusion, évidemment !

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