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USC Trojans

La fin de l’ère Kiffin à USC

Dernier représentant de la lignée Kiffin après l’éviction du patriarche Monte l’an dernier, le fils prodigue Lane a finalement été mis à la porte sans ménagement dans une parodie de révolution populaire digne du théâtre de Guignol.

Dernier représentant de la lignée Kiffin après l’éviction du patriarche Monte l’an dernier, le fils prodigue Lane a finalement été mis à la porte sans ménagement dans une parodie de révolution populaire digne du théâtre de Guignol. Le cirque est terminé. A moins qu’il ne fasse que commencer. Dessous de l’affaire, révélations embarrassantes et conséquences de la fin de l’ère Kiffin à USC.

« Je suis à cent pour cent derrière Lane Kiffin. » Le directeur du département athlétique Pat Haden affirme son soutien à l’entraîneur de son équipe de football le 26 juillet dernier, envers et contre tous. Deux mois plus tard, l’ancien QB des Trojans met un terme à l’hémorragie du programme de football d’USC avec le renvoi fracassant et sans préavis de celui qu’il était bien le dernier à soutenir.

28 septembre 2013, Tempe, Arizona.

Les Trojans disputent leur second match de conférence Pac-12 face à Arizona State après la défaite en Week 2 face à Washington State. Menés de six petits points à la mi-temps, les joueurs de Lane Kiffin en encaissent vingt-huit dans le seul troisième quart-temps et laissent filer le match en faveur des Sun Devils. C’est le moment que choisit Pat Haden pour réunir ses administrateurs dans le vestiaire : sa décision est prise, il va remercier son entraîneur sous la pression des fans, des alumni, des boosters et certainement du président de l’université C.L. Max Nikias.

Les discussions continuent dans l’avion au retour à Los Angeles mais Lane Kiffin n’est pas encore au courant que sa tête est sur le billot, prêt à se faire hacher menu par le bourreau. Le cinéma continue dans le bus chargé de reconduire l’équipe sur le campus ; un administrateur d’USC somme le chauffeur de s’arrêter et exhorte l’entraîneur à sortir. Kiffin demande au conducteur de l’attendre mais l’administrateur en question lui encourt ensuite de rouler en direction du campus sans tenir compte des dernières volontés du condamné. C’est dans une petite pièce d’un terminal de l’aéroport international de LAX que Pat Haden transmet sa sentence à Lane Kiffin. D’après Haden, l’ex-coach « s’est battu pour son job » au cours d’une discussion qui a duré quarante-cinq minutes.

La nouvelle se répand rapidement et provoque des réactions antagoniques, entre partisans et détracteurs de Kiffin, mais aussi néo-sympathisants du coach qui abhorrent la façon dont ce dernier a été renvoyé comme une feuille qu’on balaie, et encore il s’agit de la métaphore la moins crue. On a beau ne pas soutenir le mandat de l’ex-coach des Trojans, son éviction a quelque chose de dérangeant. Plus tard, un membre du staff de l’équipe de football sera chargé de rapporter la mallette de Lane Kiffin, restée dans le bus, à son propriétaire. Le lendemain, un autre sera sommé de vider ses affaires de son bureau. Clap de fin.

L’ère Kiffin

En trois ans et demi à USC, Lane Kiffin a rarement fait l’unanimité. Débauché de l’université du Tennessee en 2010 par l’ancien directeur athlétique Mike Garrett, « coach K. » se retrouve à la tête d’un programme frappé de plein fouet par des sanctions sévères héritées de l’ère de son prédécesseur Pete Carroll. Le même Pete Carroll pour lequel il a longtemps été assistant, notamment offensive coordinator en 2005 et 2006. Le même Pete Carroll qui disait de lui qu’il était celui de tous ses assistants avec le plus grand potentiel pour devenir un head coach reconnu.

En trois ans et demi à USC, Lane Kiffin a donc remporté vingt-huit matches pour quinze défaites. Un bilan insuffisant pour l’un des programmes de football majeurs de l’Histoire du college football. En comparaison Pete Carroll affiche un bilan de 97-19 en neuf ans à la tête des Trojans, dont deux titres nationaux (l’un a été retiré après l’affaire Bush). Après une saison 2011 encourageante où USC a terminé avec une fiche de 10-2 et des victoires contre Oregon et Notre Dame, Kiffin n’a jamais confirmé. Les fans lui reprochent la descente aux Enfers d’une équipe classée numéro un de l’AP Poll 25 en pré-saison l’an dernier jusqu’à une défaite au Sun Bowl face à Georgia Tech, puis un début d’exercice 2013 laborieux.

Lane Kiffin n’est pas un leader. Des sources internes à l’équipe ont affirmé qu’il avait perdu le vestiaire depuis quelques temps déjà. Notamment à cause de sa propension à se focaliser sur certains joueurs (Matt Barkley a été cité comme exemple mais on peut logiquement nommer Marqise Lee) au détriment d’autres talents individuels. On pense notamment à la sous-utilisation faite des deux tight ends au potentiel professionnel Randall Telfer et Xavier Grimble. Kiffin a également été critiqué pour son incapacité à développer ses poulains en des joueurs d’élite. Alors que Pete Carroll a fait d’USC un pipeline important de la NFL dans les années 2000 avec cinquante-trois joueurs sélectionnés à la draft, dont quatorze au premier tour, Lane Kiffin n’a pas su perdurer cette tradition. Par exemple le tight end Jordan Cameron n’a eu que très peu sa chance sous la houlette de l’ancien coach alors qu’il est cette saison l’un des meilleurs joueurs offensifs de la grande Ligue avec déjà cinq touchdowns inscrits en quatre rencontres.

Les critiques visaient également la personnalité antipathique du coach, parfois arrogant et méprisant. Une attitude qui n’a pas plus aux médias et aux fans. Lane Kiffin s’est trop souvent servi de l’excuse des sanctions pour justifier ses résultats médiocres, ou a plusieurs fois été surpris en flagrant délit de comportement anti-fair-play comme lorsqu’il faisait dégonfler les ballons avant un match ou qu’il alignait son quarterback sous un faux numéro en équipes spéciales pour tromper la vigilance de l’adversaire. En outre il ne s’est jamais gêné pour porter la faute sur les autres, comme lorsqu’il reprochait à Pete Carroll de lui avoir laissé un effectif faible en quantité et en qualité après son départ.

Résumé de la conférence de presse

Pour calmer l’ouragan médiatique et rassurer les fans, Pat Haden a tenu dimanche après-midi une conférence de presse dans le but de revenir sur le renvoi de Lane Kiffin et d’affirmer Ed Orgeron dans ses fonctions de premier coach intérimaire de l’Histoire d’USC. Les capitaines Devon Kennard (OLB) et Marcus Martin (C) sont également intervenus. Voici un résumé des déclarations des intéressés :

Pat Haden :

  • « J’ai soutenu Lane Kiffin à cent pour cent jusqu’à la nuit dernière. Je lui ai donné chaque opportunité et l’ai soutenu avec ma tête et mon cœur pendant trois ans et demi. »
  • « Je n’ai entendu aucune plainte émanant de joueurs ou de coaches à propos de Kiffin. »
  • « La bye week est le bon moment pour se séparer de Kiffin, afin de donner une bouffée d’air frais au programme et de préparer le prochain match. »
  • « La recherche d’un head coach n’est pas urgente à l’heure actuelle. Nous allons évaluer tout le monde. Mais il y a des coaches auxquels je pense. »
  • « Ed Orgeron sera évalué comme tous les autres candidats. » Pat Haden avait affirmé la même chose au sujet de Bob Cantu, coach intérimaire de l’équipe de basketball l’an passé qui a connu de bons résultats avant d’être finalement remplacé par Andy Enfield.
  • « Nous voulons tous gagner à USC. »

Ed Orgeron

  • Toujours concentré sur le recrutement : « il y a beaucoup d’aspects séduisants à USC, un enseignement de grande qualité, ces choses n’ont pas changé. »
  • « Je ne pense pas être l’entraîneur l’an prochain mais je pense être à USC pour longtemps. »
  • « L’attaque ne sera pas radicalement différente. Cody Kessler restera notre quarterback, j’aurais pris la même décision que Lane Kiffin le concernant. »
  • « Je veux que nous nous amusions (I want us to have some FUN) pour les huit prochains matches et nous verrons où cela nous mènera. » Lane Kiffin a souvent été critiqué sur sa personnalité froide à l’opposé du charismatique Pete Carroll qui employait sans cesse le mot « fun » pour parler de sa façon de jouer.
  • « J’attends les journalistes à l’entrainement. » Lane Kiffin avait fait face au mécontentement des médias suite à sa décision de s’entraîner à huis clos cette saison. Ed Orgeron a déjà fait plus en une heure pour se mettre les journalistes dans la poche que son prédécesseur en trois ans.
  • Ed Orgeron a également confirmé qu’il restera coach de la ligne défensive et que Clancy Pendergast demeurerait le coordinateur défensif. Clay Helton (QB coach) sera chargé du play-calling offensif avec l’aide de Tee Martin (WR coach).

Devon Kennard

  • Le capitaine défensif des Trojans a commencé par remercier Lane Kiffin.
  • « Les joueurs ont soutenu Kiffin et il n’y a pas eu de séparation. » Pourtant un indicateur a affirmé que le coach avait perdu le vestiaire il y a quelques temps et certains joueurs auraient souri à l’annonce de la fin du règne de Kiffin.
  • « Notre vestiaire est toujours uni. […] Nous sommes excités par cette nouvelle opportunité. C’est un nouveau départ. »

Quel avenir pour USC ?

Ed Orgeron a été nommé head coach par intérim et il le restera vraisemblablement jusqu’à la fin de la saison en cours. S’il paraît difficile, voire impossible pour lui de sauver ce qui peut l’être, sa plus lourde tâche sera d’assurer une classe de recrutement décente dans l’optique de préparer le terrain pour le futur coach qui prendra la tête de l’équipe en 2014. Les réactions ont été rapides suite au renvoi de Lane Kiffin : les trois plus importants commits, le linebacker D.J. Calhoun (quatre étoiles), le center Toa Lobendahn (quatre étoiles) et le defensive end Malik Dorton (quatre étoiles), ont tous exprimé leur stupéfaction et ont fait savoir qu’ils suivraient attentivement la suite des événements.

Cependant d’autres prospects qui n’étaient pas intéressés par la situation à USC avec un coach sur la sellette ou qui ne voulaient tout simplement pas jouer pour Lane Kiffin avec sa réputation sulfureuse auraient maintenant un regard neuf sur l’opportunité de rejoindre les Trojans. C’est le cas du prospect cinq étoiles Adoree Jackson, meilleur joueur de l’Etat de Californie, dont le renouveau à USC a attisé son intérêt. Et quid de David Sills, quarterback prodige annoncé, qui avait donné son accord verbal à l’ex-coach il y a quelques années ? Le coaching staff devra se battre pour le conserver dans sa classe 2015 alors que les facs de SEC se rapprochent de lui en ces heures compliquées. Difficile à l’heure actuelle de prévoir si la décision de renvoyer Kiffin en cours de saison aura un impact positif ou négatif sur le recrutement.

Cette saison semble officieusement une saison de transition. Bien que « coach O. » soit très apprécié des fans et qu’il soit certainement le meilleur recruteur du pays, l’interprète de son propre rôle dans le film The Blind Side ne devrait pas demeurer head coach l’an prochain. Son CV ne parle pas pour lui après son passage raté à la tête d’Ole Miss (10-25). Il y a de nombreux chantiers à USC et cette saison pourrait servir de laboratoire. Tous les secteurs sont concernés. Ironiquement Lane Kiffin a été renvoyé alors que l’attaque n’a jamais aussi bien fonctionné cette année que face aux Sun Devils mais la ligne offensive doit encore progresser et le play-calling est à revoir. La défense n’est pas exempte de reproches malgré un début de saison sensationnel puisqu’elle a encaissé soixante-deux points contre Arizona State, triste record (à égalité avec Oregon l’an passé). Clancy Pendergast a pour l’instant échappé aux reproches grâce à ce tout battage médiatique.

USC a besoin d’un coach d’envergure capable de remettre à flots un programme de football prestigieux, comme avait su le faire Pete Carroll à une époque où les Trojans semblaient condamnés à errer dans les bas-fonds de la conférence Pac-12. USC a besoin de trouver son Nick Saban, son Les Miles.

Jack Del Rio, Denver Broncos

Qui pour reprendre le flambeau ?

Pat Haden a fait la partie la plus facile du travail en mettant à la porte Lane Kiffin mais il doit désormais s’attaquer au gros morceau : trouver un nouveau head coach pour la saison prochaine. Un grand nombre de rumeurs circule, comme Jeff Fisher, ancien defensive back à USC et actuel coach des St. Louis Rams qui ne fait pas l’unanimité au sein des supporters de sa franchise. Ou Jack Del Rio, ancien linebacker Trojan et actuel defensive coordinator des Denver Broncos. Une autre piste sérieuse mène à Chris Petersen, head coach de Boise State.

Beaucoup d’autres noms ont circulé, certains plausibles comme Mike Riley (Oregon State), Kevin Sumlin (Texas A&M), James Franklin (Vanderbilt), d’autres beaucoup moins tels que David Shaw (Stanford) ou Steve Sarkisian (Washington). Norm Chow pourrait également revenir comme offensive coordinator après son fiasco à Hawaii, un poste qu’il a déjà occupé avec succès à USC. Pat Fitzgerald (Northwestern), Charlie Strong (Louisville), Ken Whisenhunt (OC, San Diego Chargers) et Greg Roman (OC, San Francisco 49ers) seraient également des prétendants sérieux pour le poste mais pour l’heure aucune indication ne permet d’identifier le futur choix de Pat Haden, qui ne doit pas lui-même avoir une idée très concrète du fin mot de l’histoire.

La décision de se séparer de son coach en cours de saison est contestable, mais ce qui est invraisemblable c’est que Lane Kiffin ait été viré sans aucune classe, à la sortie de l’avion. Pat Haden a cédé à la pression populaire, aux personnes d’influence à USC et n’a peut être pas pris la bonne décision. Seul l’avenir nous le dira. Un avenir qui s’annonce compliqué pour l’ex-golden boy Lane Kiffin, plus jeune coach de l’ère moderne de la NFL il y a quelques années et messie attendu sur le campus de L.A. Un avenir qui s’annonce également compliqué pour le programme de football des Trojans, où le temps semble suspendu en attendant de plus amples informations sur la situation des coaches et des joueurs l’an prochain. Plus que jamais, Fight On !

Taulier du blog USC Trojans FR pendant quelques années, Loïc Baruteu aka Bartholomeo a rejoint définitivement l'équipe de The Blue Pennant en septembre 2013 après plusieurs collaborations fructueuses.

5 Commentaires

5 Comments

  1. louvressac

    1 octobre 2013 à 10h40

    excelent article une fois de plus !

  2. Krator

    1 octobre 2013 à 13h46

    Article vraiment génial !!!

  3. yacine

    1 octobre 2013 à 13h51

    Très bon résumé de la situation chaotique dans le programme de foot à USC. C’est plutôt hallucinant quand on lit comment ça s’est passé au retour du match contre les Sun Devils.
    Pour Kiffin, son avenir est plutôt sombre…il devrait réussir à trouver une position comme coach de ligne ou coordinateur en NCAA (peut-être aux Cowboys ; allo papa? )

  4. Nicolas N.

    1 octobre 2013 à 18h28

    Well done, Loïc. Boulot fantastique. 😉

  5. Loïc Baruteu

    1 octobre 2013 à 22h24

    Merci à tous ! L’objectif était de synthétiser le grand nombre d’informations qui ont découlé de cette histoire. Il n’y a plus qu’à espérer que tout rentre dans l’ordre pour USC, avec si possible Chris Petersen à la tête de l’équipe l’an prochain 🙂

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