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Dossier

Verchain’s Justice : The O’Bannon Trial – Episode 1

Ed O’Bannon vs. The NCAA. The Trial. Les compte-rendus d’audience. Sauce Verchain. Avec beaucoup de virgules, de parenthèses et de points de suspension…

Bonjour à toutes. Oui, à tous aussi. Votre ami Verchain, le gars qui parle de lui à la troisième personne et aime à se coltiner pour The Blue Pennant tous les – vrais – scandales du football universitaire (s’il devait faire la revue des arrestations et des exclusions de joueurs, il y passerait ses journées) et leurs répercussions judiciaires, s’est porté volontaire pour vous retranscrire, de manière la plus simple possible et en mettant les choses en perspective lorsque nécessaire, les différentes phases du procès présenté par certains comme le plus important de l’histoire du sport (rien que ça…) : Ed O’Bannon vs. The NCAA.

En direct live différé d’Oakland, California, voici donc les compte-rendus d’audience. Sauce Verchain. Avec beaucoup de virgules, de parenthèses et de points de suspension…

Let’s get the party started :

Si vous avez un peu de mal à vous souvenir de quoi nous allons causer dans cette série d’articles qui va s’étendre sur trois longues semaines, vous pouvez vous référer à ce papier d’un certain Verchain qui vous résumera les choses. ICI.

Bien, tous les protagonistes sont là. Ed O’Bannon et son crâne qui brille, les avocats des plaignants, les avocats des défendeurs, et la Juge Claudia Wilken.

Et dire que Verchain vous avait habitué à des photos de bombasses cheerleaders… Tout se perd…

Comme souvent dans le genre de festivités américaines auxquelles nous confronte le procès O’Bannon, il se passe des choses avant que ça ne commence. Un peu comme les ‘dark matchs’ des évènements de catch, en somme. Cette fois, il s’agit de la révélation d’un accord entre la NCAA et un autre groupe de plaignants mené par l’ancien quarterback des Sun Devils d’Arizona State, Sam Keller. L’action de Keller tenait à valider une rétribution des joueurs pour l’usage de leur image dans les jeux vidéos. La NCAA s’engagerait à payer la somme de 20 millions aux plaignants.

En parallèle, la NCAA s’est mise d’accord avec EA Sports et la Collegiate Licensing Company avec lesquelles elle était en conflit depuis novembre et l’accord trouvé entre EA et la CLC avec le groupe représenté par O’Bannon quant à la rétribution également des étudiants-athlètes dans les jeux. Cet accord EA/CLC – O’Bannon a été validé par la Juge Wilken.

La Juge Wilken, qui hantera vos rêves à compter de ce jour à n’en pas douter, doit encore approuver ces accords trouvés par la NCAA, mais aucun d’eux ne remet en cause le procès en lui-même. En effet, la plainte Keller portait sur le droit à l’image (et l’utilisation ‘frauduleuse’ de l’image des athlètes) et celle d’O’Bannon tombe sous le coup de la loi anti-trust. O’Bannon agit non pas pour réparer des infractions passées, mais pour le futur (oui, c’est comme ça que les avocats présentent les choses) des étudiants-athlètes et de leur droit à vendre librement leur image.

C’est donc sur cette base que démarre le procès…

Day One

Au premier jour, il créa la Terre… Oh, me suis trompé de chapitre…

Les plaignants sont les premiers à présenter leurs arguments en citant leurs témoins.

C’est O’Bannon en personne qui ouvre le bal. La série de questions posée par Michael Hausfeld, l’avocat leader du camp des plaignants a pour but de démontrer que tout le processus de recrutement des étudiants-athlètes par les facs consiste à recruter des athlètes, et pas des étudiants. Hausfeld a longuement interrogé O’Bannon à la fois sur le process de recrutement auquel il a été soumis et sur son temps consacré au sport et aux études durant sa présence à UCLA. Le témoin a affirmé consacrer 40 à 45 heures par semaine au basket, et une douzaine d’heures au plus aux études, tout en indiquant qu’il avait sélectionné des cours faciles sur la base de conseils qui lui avaient été donnés (ça ne vous rappelle rien ?).

Tout cela avait pour but de démontrer que la ligne de défense de la NCAA qui est d’affirmer que l’amateurisme permet de maintenir imbriqués sport et études pour les étudiants-athlètes qui sont, selon les mots du président de la NCAA Mark Emmert ‘des étudiants qui sont aussi des athlètes’. Ces mots ont été cités par Hausfeld en séance en étant qualifiés de ‘non-sens’.

Glenn Pomerantz, l’avocat leader des défendants (la NCAA, donc, pour ceux au fond qui ne suivent pas), a mené son contre-interrogatoire en faisant dire à O’Bannon qu’il avait retiré des bénéfices de ses années à UCLA (notamment une visite à la Maison Blanche suite au titre obtenu en 1995 par les Bruins), et en le faisant admettre que le temps qu’il consacrait à son sport était uniquement de sa volonté. Ensuite, l’avocat a pointé quelques différences entre le témoignage devant la Cour et une déposition datant de 2011 au cours de laquelle O’Bannon affirmait que son action ne représentait pas les étudiants-athlètes actuellement engagés dans les universités puisqu’ils bénéficient d’une bourse d’étude avant d’affirmer devant la Cour que les étudiants-athlètes devaient être payés.

Petit jeu habituel des prétoires.

Une fois O’Bannon libéré, entre en scène la vedette de ces trois premiers jours de procès.

Ladies and gentlemen : Roger Noll.

Whodat ?

Roger Noll, qui témoigne pour les plaignants, est un professeur d’économie à Stanford. Oui, une raison supplémentaire de détester Stanford…

Et, en plus, l’ami Roger s’est livré pendant deux heures et demi à un longue litanie de trucs qui tendent à démontrer que les plaignants ont raison. Roger Noll touche 800 dollars de l’heure pour son témoignage, au passage. Oui, c’est un truc qui se fait souvent. On voit ça dans tous les bon – et même les mauvais – films qui nous relatent un procès… Donc, Roger est un expert, parle beaucoup et très vite, ce qui sème la confusion dans une Cour où la greffière peine à transcrire suffisamment rapidement les propos et lui demande de se répéter et où cette chère Juge Wilken ne comprend pas tout ce que raconte le brillant prof de Palo Alto.

Noll a affirmé que la NCAA agit comme un cartel sur deux marchés :

  • Celui du recrutement des étudiants-athlètes, ayant fixé la valeur des incitations à être recruté par la fac X à zéro
  • Celui de l’utilisation de l’image des étudiants-athlètes, ayant fixé sa valeur à zéro, aussi.

Après avoir exposé un graphique qui démontre que 75% des facs ayant un quarterback dans la watch list du Davey O’Brien Award ont vendu des maillots portant le numéro de ces quarterbacks sans naturellement les rémunérer pour cela. A la place, ces facs se sont lancées depuis plusieurs années dans des investissements sur des installations sportives (stades et sites d’entraînement) ou dans une folle course à l’augmentation des salaires des coaches.

Et le show de Roger ne faisait que commencer…

Day Two

Parce que le show de Roger s’est poursuivi durant toute la journée numéro 2. On a eu droit à tout, même à de la blagounette d’économiste (je vous passe les détails…). Cinq heures de show. Toute la durée de la séquence judiciaire du jour.

Les principales affirmations sur la partie ‘plaignants’ de l’interrogatoire auront été de mettre en doute l’équité entre universités que la NCAA semble vouloir utiliser comme ligne de défense, Noll constatant que, si une telle équité existait, chaque équipe aurait des chances de se retrouver dans le Top 25 et de disputer un championnat, ce qui est faux depuis que le système des classements existe.

Noll en a remis une couche sur les dépenses faites par les équipes sur les salaires des coaches, constatant une augmentation de 512 % sur les 15 dernières années contre seulement 108% pour les présidents d’université, montrant ainsi que le marché est biaisé et affirmant qu’une partie de ces augmentations auraient pu être versées aux joueurs, limitant ainsi l’exploitation (c’est le terme employé) des joueurs.

Noll s’est également efforcé de démontrer que les joueurs ont bel et bien un DROIT relatif à l’exploitation de leur image par les facs. Il a également proposé qu’un fonds commun soit mis en place pour rémunérer les joueurs, et qu’éventuellement il ne soit distribué qu’après la carrière universitaire des athlètes, en fonction de leurs performances par exemple…

Le contre-interrogatoire a été mené par Rohit Singla, et a encore une fois permis à Noll de faire un peu de show.

Question : « Réalisez vous que la NCAA n’a établi ses règles que sur la base d’accords entre les universités ? »

Noll : « Oui, c’est ce qu’on appelle un Cartel. »

Singla a ensuite chatouillé Noll sur certains points, notamment sur ce pourquoi paient les chaînes de télé. La position de la NCAA est qu’elles paient pour avoir un accès exclusif au stade (et donc par conséquent diffuser le match où évoluent les étudiants-athlètes). Ainsi, si deux facs jouaient dans un stade qui ne demandait pas d’argent pour que les caméras soient installées, il n’y aurait pas d’argent versé aux facs.

Les défendants ont ensuite tenté de pousser l’argument de l’absence de droit à l’image des joueurs dans les sports professionnels. Roger-a-réponse-à-tout a eu beau jeu de contrer en indiquant que le droit à l’image est négocié dans le cadre d’une convention collective.

Ceci pourrait s’avérer un point crucial dans l’évaluation de la plainte par la Juge Wilken. Qui pourrait recommander la mise en place d’une telle convention collective…

Et vous savez quoi ?

Day Three

Roger était encore une fois sur le terrain pour le début de la troisième journée…

Et cette fois avec Judge Claudia dans le rôle de l’interrogatrice… Claudia a ainsi permis à Noll de mettre en doute la position de la NCAA qui est de dire que les étudiants-athlètes reçoivent une ‘compensation’ : leur bourse scolaire. Les frais de scolarité, les livres, et quelques repas… Il a été évoqué également la possibilité de limiter les rémunérations des joueurs à la discrétion de chaque conférence.

Au bout de la dizaine d’heures de témoignage de Roger (soit plus de 8000 dollars dans la poche du professeur émérite), les plaignants ont fait comparaître un ancien joueur d’Alabama, le receveur Tyrone Prothro. Célèbre pour ça : The Catch

Prothro a écrit un livre à la fin de sa carrière, terminée sur une grave blessure. Il aurait souhaité inclure dans le bouquin quelques photos de ses matchs. Il a demandé à l’université d’Alabama certaines photos. On lui a répondu que ça lui coûterait 10 dollars. Par photo. Démonstration faite que les joueurs n’ont aucun droit à leur image propre.

Prothro a également indiqué que son image a été utilisée par la firme Pontiac sans qu’il ne bénéficie d’une quelconque compensation. La marque automobile sponsorisait l’action de la semaine et a utilisé The Catch pendant plusieurs années pour promouvoir sa marque.

Les avocats des plaignants ont fait dire à Prothro, comme à O’Bannon le premier jour, qu’il passait plus de temps sur le terrain qu’en classe. Et que, bien qu’ayant reçu une bourse universitaire complète, il s’est quand même endetté de 10 000 $ pour pouvoir assumer ses années de présence à Tuscaloosa.

Les avocats de la NCAA ont su lui faire convenir qu’il avait le sentiment d’avoir retiré un bénéfice de ses années au sein du Crimson Tide, notamment en évoluant devant des assemblées de plus de cent mille personnes, ou l’utilisation de la salle de musculation du Tide, uniquement réservée aux joueurs…

Ils ont également montré que, contrairement à ce que les plaignants affirmaient en diffusant une capture d’écran du jeu video NCAA Football d’EA Sports montrant un joueur du Tide portant le numéro 4 et ayant les mensurations exactes de Prothro devant laquelle l’ancien joueur aujourd’hui comptable s’était écrié ‘c’est une image de moi’, plusieurs joueurs dans le jeu avaient le même visage numérique… Mwouais…

On ne voit pas bien, au bout de trois jours de procès, ce qui sera l’élément déterminant dans la décision de la Juge Wilken mais une chose est certaine : on devrait voir un paquet de spécialistes de l’économie et des cadres de la télévision dans le prétoire au cours des prochains jours… La défense s’apprêterait même à citer Mark Emmert et l’impayable commissionner de la Big Ten, Jim Delany…

To be continued…

Après trois années à commenter le football sous toutes ses formes, Verchain a rejoint la rédaction de The Blue Pennant en 2013 pour vous proposer son College Football Report et quelques autres fantaisies, en exclusivité.

1 Commentaire

1 Commentaire

  1. Ross

    14 juin 2014 à 16h20

    Super article… J’attends avec impatience les prochains.

    Merci

    Ross

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